Célébrons nos contradictions

30 Juin 2021

Nous sommes des êtres de contradiction. Profondément. Peut-être pas tout le monde dans la même proportion. Mais en tout cas tous les êtres avec qui j’ai pu avoir des discussions un peu profondes (faites-moi confiance, le bureau international de la statistique ambulante, c’est moi, je parle à trois personnes qui sont pleines de contradictions et je dis que la planète entière est ainsi !) (en plus je pense que mon mari à la relecture va dire « bah non, pas moi ») (ah bah voilà, c’est ce qu’il me dit, je vous l’avais pas dit ?).

Nous sommes des êtres de contradictions. Nous ne sommes pas une seule chose, nous sommes multiples. Et dans cette multiplicité, des contradictions, il y en a à la pelle.

Je suis un être de contradictions. Et j’ai longtemps lutté contre. J’ai tellement souhaité vivre en pleine cohérence avec moi-même, tout en voulant me mettre des étiquettes très claires dans ma tête : minimaliste, zéro déchet, écolo, zen, bienveillante, etc. Ces étiquettes loin de me définir m’enferment et m’empêchent d’être pleinement moi-même dans mes contradictions : minimaliste qui adore s’entourer de piles de livres, randonneuse-aventurière qui dort dans la tente au milieu de nulle part et qui adore le confort d’un hôtel 5 étoiles…

Ces contradictions en nous, elles peuvent être là, présentes depuis très longtemps, ou elles peuvent être liées à une évolution en cours. J’aurais tellement aimé qu’une fois que j’ai pris conscience d’un problème (par exemple la maltraitance des animaux dont je vous parlais récemment), je sois capable de réaligner l’entièreté de mes actions en un claquement de doigts. Mais parfois ça prend du temps. Parfois, on réussit puis on « rechute ». Parfois, ce n’est pas possible, même.

Quand on remarque une contradiction en nous, on peut se sentir mal à l’aise. Et pourtant, deux aspects apparemment contradictoires cohabitent en nous, et nous ne sommes prêts à ne lâcher aucun des deux. Ça ne veut pas dire qu’on n’avancera pas sur ces sujets, ça veut dire qu’on peut se donner le temps nécessaire pour évoluer. A notre rythme. Toujours.

Pour moi, les contradictions, c’est ce qui donne du relief aux personnes. C’est nouveau. Avant, j’essayais de lisser à tout prix mes contradictions, quitte à réprimer une partie de moi. Qui finissait par rejaillir par ailleurs. Un peu comme dans les dessins animés quand un personnage bloque une sortie d’eau qui finit toujours par trouver une autre sortie… Le risque, en voulant se lisser à tout prix, ce serait de réprimer une partie de nous, de manquer d’authenticité, et peut-être même de se perdre.

Alors j’ai commencé à faire de la place pour mes contradictions, et même à les célébrer :

  • Consciente de mon besoin de contribuer à la protection de l’avenir de l’humanité, je continue quand même à prendre l’avion. Alors qu’entrer dans un avion a été source de joie extrême pendant des années, pendant un temps, je pensais à l’empreinte carbone et ça m’angoissait. Et puis j’ai réconcilié mes contradictions, en conscience : je prends l’avion, et je vais continuer, même quand je ne vivrai plus sur mon île, toujours en privilégiant d’autres moyens de transport, mais parfois, c’est compliqué. J’ai déjà regardé, pour faire Maurice-France en bateau, c’est 19 jours. Ca m’a aidée à assumer cette contradiction là.
  • Prof de yoga, je continue à perdre patience régulièrement, et à me mettre en colère. Non, je ne flotte pas sur un petit nuage. Je fais un travail par rapport à cette colère, parfois saine, parfois moins, l’objectif étant de ne pas l’étouffer (elle est utile et précieuse pour voir quand nos limites sont franchies), mais de la canaliser… On en reparlera !
  • Récemment, j’échangeais avec l’une de vous qui ne me connaissait qu’à travers YouTube. Elle m’a dit, en se redressant, « faut que je me tienne droite, je suis devant une prof de yoga ». Et je lui ai répondu en riant que mon mari me menace parfois de me prendre en photo et de les envoyer à mes élèves tellement je me tiens mal. Et oui. Prof de yoga toute tordue sur son ordi 75% du temps. Régulièrement je m’étire, je décroise mes jambes, j’allonge mon dos. Et puis je me recroqueville à nouveau dans une posture pas du tout physiologique mais combien confortable.

Je suis ci et ça, et encore tout ça. Ce sont mes contradictions. Je pourrais me lisser, me forcer à ne voir que la facette qui me plait, ne montrer au monde qu’un côté.

Et quelque part, vouloir à tout prix voir disparaitre ses contradictions, c’est un peu faire fi de notre nature humaine. Multiple, complexe, évolutive. Faite de hauts et de bas, d’avancées et de reculades, de progrès, de réflexions et de no man’s lands.

Ça ne veut pas dire que je ne travaille pas sur les parties qui ne me plaisent pas. Ça veut dire que je suis heureuse d’être comme je suis, ici et maintenant, comme une belle boule à facettes et ses milliers de reflets. Mes facettes évoluent au fur et à mesure, et c’est parfait ainsi !

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