Le yoga s’adapte à notre corps (pas l’inverse)

24 Mar 2021

On a un corps. Un seul. Quand on a mal, quand il est abîmé, on ne peut pas le quitter pour se glisser dans un autre. C’est le seul qu’on a. Pour toujours. 

Et Dieu sait qu’il a déjà mille et un challenges auxquels faire face : il a des petites douleurs, des petits bobos, des petits soucis, il vieillit, il doit lutter contre des infections, des virus, des maladies, parfois il met au monde des enfants, les allaite, les porte, parfois il peut avoir une maladie plus sérieuse qui est très compliquée pour lui à gérer et il doit accueillir des médicaments auxquels il doit s’habituer, qu’il doit digérer, intégrer, il grossit, il mincit, il se flétrit, se raffermit, il a plein de poils, et puis des fois plus, il produit des tonnes d’hormones et des fois le dosage lui échappe un peu… 

Notre corps, c’est une magnifique machine, une usine incroyable qui produit tellement de choses pour nous. Et plein de ces choses là, il pense à les faire sans qu’on y pense pour lui, et ça c’est la classe (rendons à César, etc.) 

Alors la dernière chose qu’on veut faire, à notre corps, c’est d’en rajouter. Avec tout ce qu’il traverse déjà, ce qu’on veut lui offrir, c’est de l’exercice physique, c’est important pour sa santé, mais dans le respect absolu de ses sensations à lui (nos sensations à nous, donc, hein). Se dépasser, c’est super, dans plein de domaines, notamment en termes de course à pied ou de trail.

Là où on ne veut pas “se dépasser”, c’est en restant dans la douleur en yoga. Vraiment. C’est valable pour les exercices de stretching aussi, la gym. Et souvent, la raison pour laquelle on pousse, c’est parce qu’on veut faire “comme la prof”, “comme les copines de tapis”, “comme sur Instagram”, “comme dans Yoga Magazine”. Mais ce n’est pas parce que votre corps n’est pas représenté parmi les profs de yoga, dans les pages de Yoga Journal, ou sur Instagram que vous devriez forcer votre corps à rentrer dans ces postures-là. 

C’est le plus important. Ne craignez pas le regard de l’enseignant-e qui est dans la bienveillance (ou sinon, changez de prof !). Ne craignez pas le regard de vos copines de tapis. Vous avez le droit de faire une autre posture pendant que les autres en font une qui n’est pas disponible pour vous. 

Chaque asana, chaque posture, peut se faire en plein de versions différentes, pour qu’elle puisse correspondre à notre corps. Notre corps à nous. Avec sa taille, sa grosseur, sa souplesse, sa rigidité, ses petits ou grands soucis, la longueur de ses membres, ses accidents passés. On n’est pas en train de faire moins : on fait mieux, parce que ça nous correspond, parce que notre corps peut bénéficier des bienfaits des postures sans se blesser, parce qu’on va peut-être évoluer, grâce à ces versions adaptées à notre corps d’aujourd’hui !

Chaque posture est une variation : il n’y a pas LA vraie posture et les autres qui ne seraient que des sous-postures. Non non non. Pas plus que mon corps pas souple n’est pas un sous-corps, le chien tête en bas qui correspond à mon corps n’est pas un sous-chien tête en bas. Justement, voilà quelques versions du chien tête en bas !

Quelques pistes pour un chien tête en bas respectueux du corps, quelle que soit la version choisie :

  • la distance des pieds aux mains est la même qu’en planche. Souvent on a tendance à rapprocher les mains des pieds pour se rapprocher du V inversé, mais on souhaite se laisser plus d’espace !

  • on souhaite garder le dos dans le respect de ses courbes naturelles. Le bas du dos a tendance à s’arrondir quand on essaie à tout prix de faire de beaux V inversés, alors qu’on veut plutôt conserver la lordose (légère cambrure) au niveau des lombaires.

  • on vient placer notre attention sur le coccyx qui pointe vers le ciel et vers l’arrière

  • on aligne les bras aux oreilles, la tête est dans la continuité de la colonne vertébrale (on ne regarde ni nos pieds, ni la prof)

A gauche, ce qu’il se passe quand j’applique dans mon corps les instructions classiques pour un chien tête en bas : dos voûté, manque de stabilité… Et à droite, la version du chien tête en bas qui me convient le mieux, genoux fléchis, dos droit, position stable dans laquelle je peux rester longtemps :

Ce qui ne veut pas dire que je ne vais jamais tendre une jambe dans le chien tête en bas. C’est une posture que j’aime beaucoup justement pour ça, et donc je “marche” dans mon chien tête en bas, je reste en mouvement pour que mon dos (qui s’arrondit) ne reste pas voûté trop longtemps :

Les poignets peuvent être douloureux dans cette posture. On souhaite bien étaler les mains en étoile de mer, index parallèles l’un à l’autre, en répartissant bien le poids. Mais si ça reste douloureux, ce sera peut-être plus confortable d’adoucir l’angle et positionnant une serviette ou une couverture pliée sous la base de la main :

On peut aussi venir déposer nos talons sur des blocs (ou piles de livres) pour plus de stabilité :

Tout le monde ne peut pas mettre la tête en bas, et cette version avec la chaise est excellente. On peut faire la même chose avec un mur. Vous pouvez aussi la faire si vous ne pouvez pas mettre de poids sur les mains par exemple. C’est une option que j’aime bien quand je fais du yoga sans tapis ni tenue spécifique. Elle permet aussi de placer notre attention sur d’autres sensations dans la posture.

Et vous, quelle est votre version préférée du chien tête en bas ?

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