Du tapis à la vie

Du tapis à la vie

Ce qui me plait peut-être le plus dans le yoga, c’est de vivre des choses sur le tapis et de les emmener dans ma vie quotidienne.

Hier soir, alors que je guidais une relaxation autour des cinq sens, je me suis surprise à encourager les participants à se remémorer les sensations vécues pendant la séance et imaginer comment ils pourraient les emmener avec eux dans leur vie quotidienne. 

Par exemple :

  • en mettant la tête en bas et en observant notre environnement de ce côté là, nous avons vu les choses sous un autre angle. Comment, dans ma vie de tous les jours, je peux me mettre dans une situation où je vois les choses d’un angle différent ? Peut-être pour mieux comprendre une personne avec qui j’ai un désaccord ou pour résoudre un problème.

  • en frottant nos mains l’une contre l’autre, nous avons fait monter la chaleur entre nos paumes et nous les avons appliquées sur nos yeux pour leur apporter détente et relaxation. Dans ma vie, comment je peux, avec des éléments a priori banaux du quotidien, (m’)apporter un peu de lumière et de bonheur ? Marcher pieds nus dans l’herbe du jardin, m’étirer en me réveillant le matin, savourer mon thé en pleine conscience…

  • en massant nos mâchoires, nous avons senti des tensions se délier, une grande relaxation du bas du visage. Pourtant, ces tensions, nous ne les sentions pas forcément avant d’appliquer nos doigts de chaque côté de notre visage. Et dans ma vie, quel domaine pourrais-je regarder, toucher, palper, pour me libérer d’un poids insoupçonné ou pour apporter un mieux-être, une détente ?

  • en soufflant par la bouche comme des chevaux, nous avons renoué avec le jeu, en sentant nos lèvres vibrer, nos bouches s’animer, nos joues trembler, comme quand nous étions enfants. Dans mon quotidien, où est-ce que je peux amener un peu plus de jeu, de liberté, de fraicheur ?

  • avec la respiration de l’abeille, yeux et oreilles fermés, en faisant le bourdonnement caractéristique, nous nous sommes privés de certains de nos sens pour mieux ressentir les vibrations dans le cerveau et calmer les pensées. Comment, dans mon quotidien, je peux prendre un instant, une minute de temps en temps, pour me détacher de mes pensées et mieux ressentir ce qu’il se passe à l’intérieur de moi ?

De façon générale, à chaque séance, je vous demande de pratiquer dans le cadre des limites et des besoins de votre corps, en l’écoutant LUI avant de m’écouter moi. Car c’est bien lui qui vous donne les signaux de ce qui lui convient ou pas. Lui qui sait ce qui fait mal et qui va le blesser ou pas. Lui qui ressent le plaisir de la pratique. Nous sommes responsables de protéger nos corps, de nous protéger, sur le tapis. Et dans la vie, comment je peux mieux me responsabiliser, mieux me connecter à ce qui est bon et juste pour moi ? Et prendre, en conscience, les meilleures décisions pour réaliser mes rêves ?

Les 5 sens représentés par Daniel Puel (Pixabay)

La non-violence au coeur du yoga

La non-violence au coeur du yoga

Quand j’ai commencé le yoga il y a 10 ans environ, j’avais décidé, un peu spontanément, de ne pas manger de viande mon jour de yoga. Je ne sais pas trop d’où ça sortait, toujours était-il que le lundi, c’était yoga, et donc c’était végétarien.

Ahimsa, la non-violence, est le premier des 5 yamas, qui constituent ensemble le premier des 8 piliers du yoga. La non-violence prend mille formes, à l’égard de soi, des autres, qu’ils soient humains ou animaux. Pour moi, une des façons de vivre la non-violence a été de devenir végétarienne, et même pendant un temps, végétalienne. Je navigue pour trouver un équilibre entre ce qui a du sens pour moi et la non-violence vis-à-vis de moi-même.

Vivre la non-violence est le travail d’une vie. En voulant vivre la non-violence envers les autres, est-on en train de se faire violence à soi ? En souhaitant respecter absolument les besoins des autres, n’est-on pas en train de nier les nôtres ?

A l’origine de cet article, une conversation avec une très bonne amie qui me partage ses difficultés de jeune mère. Je lui réponds avec passion qu’elle DOIT se respecter, qu’il n’est PAS QUESTION que ses enfants lui bouffent la vie à ce point, qu’il y a des solutions, qu’elle DOIT s’aider elle-même. Aoutch. Parce que j’observe la violence qu’elle se fait à elle-même, SELON MOI, parce qu’elle ne prend pas les actions que JE trouve importantes à prendre alors que c’est SA vie, SES enfants, je rajoute une couche de violence en lui disant « fais ci, fais ça ». Parce que je veux qu’elle sorte de la violence qu’elle se fait à elle-même (selon moi), je lui impose mon point de vue, soit-disant pour son bien. Alors qu’en réalité, elle cherchait probablement simplement une oreille réconfortante.

A chacun de définir ce qu’est la non-violence pour elle, pour lui. Et surtout, ce n’est pas défini une fois pour toutes. C’est une définition qui évolue, au fil des lectures, des expériences, des déconvenues, des souffrances. Le plus important, je dirais, est d’observer nos comportements, et de décider de faire différemment, la prochaine fois. Car on ne va pas se faire la violence de se dire « j’aurais pas du… » !

Le jour où je suis devenue prof de yoga

Le jour où je suis devenue prof de yoga

Je ne suis pas (encore) prof de yoga. Je n’ai pas fini ma formation, je n’ai pas soumis tous les éléments requis pour l’évaluation, bref, je ne suis pas certifiée. Et pourtant, je suis, je me sens, prof de yoga. Précisément, depuis le 26 février, 8h45.

Ce jour-là, je donnais mon premier cours de yoga. Je l’avais proposé de façon spontanée à une amie qui me partageait des difficultés : « si tu veux, la semaine prochaine, on arrive plus tôt et je te donne un cours de yoga ? Bon, ce sera mon premier, mais ça t’aidera peut-être ? » Elle, enchantée par la perspective, accepte immédiatement, moi, la peur au ventre, je commence à me demander pourquoi j’ai proposé cela.

J’ai passé la semaine à me dire que ça irait, et puis que non, ça n’irait pas, et puis pourquoi je me lance pour une heure de yoga alors que je n’ai pas encore soumis ma toute première pratique d’enseignement dans le cadre de ma formation ? Stress, stress. Syndrome de l’imposteur, coucou !

Je n’ai pas pu préparer ma séance aussi bien que je le voulais. Je suis arrivée un peu dépaillée, après une heure de route, tout juste à l’heure. Ouf, elle n’était pas encore là, j’ai pu me poser, reprendre un peu mes esprits, repasser à travers mes nombreuses notes… Elle est finalement arrivée, on a changé d’espace pour faire notre séance pour ne pas être dérangées, et on a commencé.

Un peu fébrile, très accrochée à ma feuille où était écrite ma centration (la relaxation du début de séance), j’y suis allée. Un peu tremblante, en me rappelant avec bienveillance pourquoi j’étais là, j’y suis allée. Le coeur battant, un grand sourire aux lèvres, mais les sourcils probablement froncés, j’y suis allée.

Et puis, vers la fin de la centration, j’ai entendu ma voix. Dis donc, c’est ma voix, ça ? Je croyais que ma voix était aigüe. Dis donc, c’est mon flot de paroles, ça ? Je croyais que j’allais buter sur chaque mot.

Et on a enchainé la séance. Sans accroche, dans le plaisir et dans la joie. Je voyais que mon élève du jour était ravie de sa séance, qu’elle se sentait bien.

J’ai commencé la séance, je n’étais pas prof. J’ai fini la séance, j’étais prof.

Souvent, passer à l’action, c’est tout ce qu’il faut pour changer une réalité. Pour se donner confiance dans un moment de doute. Bien sûr, passer à l’action, mais pas n’importe comment ! Il n’est pas question de se lancer à l’eau sans savoir nager, sans se préparer, sans bouée de sauvetage.

Et dans ce cas, je m’étais assurée de :

  • Savoir nager – j’avais les bases de ma formation de prof de yoga bien en tête, la méthode pour monter une session, les fondations des postures que j’allais présenter

  • Me préparer – j’avais monté ma séance, sur un thème qui correspondait à l’élève, d’après la méthode qui m’avait été enseignée

  • Avoir une bouée de sauvetage : ma première élève baigne dans la bienveillance, et je savais qu’elle allait me faire un retour constructif quoi qu’il en soit, que si je n’y arrivais pas, elle comprendrait (merci, N. !).

Du tapis à la vie, il n’y a qu’un pas. On peut faire mille parallèles, avoir plein de moments de clarté. C’est ce que j’aime dans le yoga. C’est ce que je m’attache à vous faire découvrir, peu à peu !

Ces postures qui nous résistent

Ces postures qui nous résistent

​​Quand j’ai commencé ma formation de professeure de yoga, la première posture que nous avions à étudier était « Supta Padangusthasana ». Ne connaissant pas les noms des postures en sanskrit à ce moment-là, je me dirige vers ce module sans crainte et le coeur léger. Quand j’y arrive, il s’agit de la posture appelée en français « main à l’orteil couché au sol ». Horreur et damnation.

J’ai été bloquée pendant toute la durée du module sur mon incapacité perçue à réaliser la posture. Sur les expériences désagréables que j’ai pu vivre dans des cours de yoga où je me suis sentie tout bonnement incompétente parce qu’aucune adaptation de la posture ne m’était proposée (ou je n’ai pas réussi à me l’approprier).

Pourtant, dans ce module justement, Maryse et Caroline de Diva Yoga nous présentent les variations nous permettant de réaliser la posture quel que soit notre état de souplesse et de flexibilité. Rien à faire, je résiste, je me dis que je n’y arrive pas, je passe au module suivant. J’ai boudé cette posture pendant des mois. Avant de la redécouvrir récemment et de la pratiquer avec délectation régulièrement. Si ça vous dit de la pratiquer avec moi, c’est ici.

Or, cette posture, c’est justement exactement ce qu’il me faut pour que mon corps gagne en souplesse ou en tout cas, n’en perde pas. En termes de bienfaits psychiques et spirituels, c’est aussi exactement ce qu’il me faut : ancrage, amélioration de la concentration, paix intérieure, « revigore le cerveau »…

Alors, pourquoi j’ai résisté des années, puis des mois une fois que j’ai eu tous les outils pour la pratiquer convenablement dans mon corps ?

Je pense que ça me renvoyait trop fortement aux limites marquées de mon corps, à mon manque de souplesse. Je pense aussi que j’avais de fausses croyances sur l’utilisation des accessoires (blocs, courroie…), les variations nécessitant une courroie ou au moins un foulard. Et moi en espèce de fausse puriste mal placée, je résistais. Oui, je voulais faire du yoga sans accessoire, pour faire du « vrai » yoga. Rien n’est plus faux. J’en parlerai dans un prochain article. Je résistais peut-être pour d’autres raisons aussi, que je ne connais pas.

Mais le jour où j’ai fait cette posture dans une variation qui me correspondait, j’ai ressenti un tel bien-être dans mon corps et dans mon esprit, que j’ai bel et bien la sensation d’avoir fait sauter des barrières. Physiques oui, mais surtout mentales. Ca tombe bien, c’est une des raisons pour lesquelles j’adore faire du yoga.

J’ai d’autres postures en stock qui me résistent fortement. Mais maintenant je suis sereine. Je sais que je vais les conquérir l’une après l’autre, dans le respect de mon corps. Je vais les conquérir non pas parce que j’ai besoin de les faire, mais parce que je sais que faire sauter des blocages dans mon corps en fait sauter d’autres dans ma tête. Et parce que je sais maintenant qu’il y a une version de chaque posture pour moi, tant qu’elle ne m’est pas contre-indiquée.

Et vous, avez-vous une posture qui vous résiste ?

 

Raide comme un Playmobil ?

Raide comme un Playmobil ?

« J’suis pas souple, j’peux pas faire de yoga… » C’est quelque chose que j’entends énormément, notamment chez certains hommes. Le manque de souplesse constitue un obstacle à la pratique du yoga, la flexibilité étant perçue comme un pré-requis obligatoire. Peur de se sentir jugé-e ? Séquelles de cours de gym à l’école un peu trop axés sur la souplesse ? Sentiment d’incompétence développé par un-e prof maladroit ?

Quelle qu’en soit l’origine, cette barrière n’a pas de mérite d’exister : le yoga, c’est pour tou-te-s, quels que soient le genre, le niveau de flexibilité, l’état de santé. Il y a un yoga pour nous tou-te-s, il suffit de trouver le/la professeur-e qui vous conviendra.

Quand j’ai commencé à sentir venir le désir de devenir professeure de yoga, j’ai commencé par me dire « je vais travailler ma souplesse, puis je chercherai ». Quand la proposition de formation avec Diva Yoga est venue à moi pour la deuxième fois, je me suis dit « bah je suis pas assez souple », comme la première fois. Sauf que j’ai quand même envoyé un email en mentionnant cette inquiétude, et j’ai été « rassurée ». Malgré tout, pendant les mois qui ont séparé mon inscription et le début des cours, je conservais un fort sentiment d’illégitimité qui a même perduré les premières semaines de la formation.

Puis tout cela s’est estompé. Je suis la prof de yoga des pas souples. Des rigides. Des raides. Je suis la prof de yoga qui vous dit « on peut aller plus loin, mais dans mon corps, ça s’arrête là. Si vous souhaitez aller plus loin, voilà comment vous pouvez le faire en sécurité [et je décris, ne pouvant pas faire] ».

J’ai compris, à travers les cours d’anatomie que je pouvais continuer à détendre certaines parties de mon corps, que je pourrai gagner en souplesse par endroit. J’ai aussi appris qu’en fonction de la forme ou de la longueur de mes os par exemple, certaines choses me resteraient inaccessibles. Et ça m’a fait un bien fou de savoir cela. Ca m’a permis de lâcher prise (oui, j’aurais pu m’en douter avant, parce qu’a priori, si mes mains ne touchent pas le sol quand je suis assise en tailleur, rien ne va pouvoir faire changer cela, pas même cette prof qui a les bras pliés quand ses mains touchent le sol dans la même posture !)

Je suis la prof de yoga des pas souples, des rigides, des raides et même de ceux qui se sentent comme des playmobils. Et vous, ça vous arrive de vous sentir raide comme un Playmobil ?