En quête de perfectionnisme ?

En quête de perfectionnisme ?

Souvent, on aimerait que les choses soient parfaites. Exactement comme on voudrait qu’elles soient là. Le cadre bien droit accroché au mur, la lettre sans faute absolument, le rapport idéalement mis en page, le repas de famille convivial, délicieux et sans accroc, la posture parfaite, les journées pleines d’énergie et bien remplies, ni trop ni trop peu.

Mais on vit dans la vraie vie. Dans la vie où la perfection telle que je la vois n’est pas la perfection telle que vous la voyez vous, telle que votre partenaire la voit, telle que la voisine la voit… On a chacun notre propre vision de la perfection… Et du coup, de voir ça, ça m’aide à lâcher prise.

La quête de la perfection dans le travail

« Fait est mieux que parfait » m’aide énormément à passer à l’action, à mettre au monde ce qu’auparavant j’aurais mis des mois à partager. Il y aura toujours quelqu’un pour voir que ce que vous avez produit, cuisiné, préparé, créé, monté, filmé, n’est pas parfait pour lui. Toujours.

Alors certes, avoir produit quelque chose de « parfait » pour vous, c’est la garantie d’aucun regret, zéro, nada…. Hmmm… Vraiment ?

J’ai une tendance au perfectionnisme, que j’ai pu emmener assez loin… Jusqu’à ce que je réalise que non, je me maintenais dans l’immobilisme, et que c’était une belle façon de procrastiner. Et de me protéger. Ne pas me montrer. Me faire croire que je voulais quelque chose de parfait, alors que je me cachais juste derrière.

A partir de là, j’ai décidé que le principal pour moi (et chacun sa définition), c’était :

  • de faire de mon mieux, seulement de mon mieux (un des Accords Toltèques)
  • d’être satisfaite et fière de ce que j’ai produit
  • si c’est un écrit, qu’il n’y ait pas de fautes, si c’est un cours, que je sois en accord avec chaque posture, si c’est une lettre que les alignements soient bons (oui, les alignements, en yoga comme à l’écrit, c’est important), si c’est un gâteau, qu’il soit mangeable (oui mes standards en cuisine sont bas, je m’adapte à mes capacités)

Bref, pour moi, me dire que ce que j’ai produit est beau, bien, bon me suffit amplement. Pas dans le sens « je ne fais plus d’effort à partir de ce moment là », mais dans le sens « OK, je suis à cette étape, ai-je autre chose à peaufiner, ou bien puis-je mettre mon énergie sur autre chose ? »

Si c’est un plaisir de peaufiner mon ebook, mon article, mon site internet, avec joie pour continuer ! Mais si ça devient lourd, si je sens que je pinaille, si ça prend mon énergie au détriment d’autre chose qui est tout autant important (comme le repos par exemple, oui, c’est important, et non, quand quelqu’un vous propose un rendez-vous à un moment où vous aviez prévu de vous reposer, vous n’avez pas à accepter), je passe à autre chose. Surtout que souvent, je fais ça uniquement pour ne pas faire cette autre chose.

Et d’apprendre à faire ça pour moi m’a appris à le faire pour les autres. Et en fait c’est le plus dur (pour moi) de ne pas attendre des autres le niveau de perfection que j’aurais aimé. Parce que leur niveau de perfection est autre. Ni pire, ni mieux. Différent. Et ça reste un sacré exercice, mais à partir du moment où j’ai pu faire ce shift, j’ai pu lâcher prise sur énormément de situations. Pas toutes. Mais beaucoup.

La quête de la perfection dans nos niveaux d’énergie

Lâcher la quête de la perfection, c’est aussi accepter que mon niveau d’énergie n’est pas toujours au top. Et donc accepter que certains jours je ne produise rien ou presque. Accepter que certains jours je n’ai pas envie de travailler, même sur les choses que j’aime et que j’adore. Accepter. C’est difficile, j’ai une bonne dose de culpabilité en moi. Peu à peu, je fais de la place pour ces journées là et j’accepte que ça fait partie de mon rythme. Des journées « contemplatives ». Si au moins je contemplais vraiment 😂 Ca me challenge beaucoup, car j’ai du mal à accepter ce rythme cyclique. Qui a toujours été en moi. Et le problème c’est que si je ne lâche pas ma quête à vouloir toujours être au top, je culpabilise et je n’accepte pas d’être ainsi. Humaine. Femme. Cyclique. Et je n’arrive pas à voir les cadeaux qui se cachent derrière une journée où je ne fais rien (souvent : de la créativité, une journée pleine d’énergie le lendemain, une conversation agréable avec une amie…)

La quête de la perfection sur le tapis

J’en ai été longtemps coupable : « je veux emmener mes talons sur le tapis en chien tête en bas ». Et le jour où j’y suis presque arrivée, j’étais trop fière. Puis quelques mois après, j’ai du me prendre en photo dans cette même posture dans le cadre de ma formation et j’ai pu voir que ma quête d’une supposée perfection m’avait emmenée dans des travers pas du tout recommandables : j’avais le dos rond, je risquais de me blesser et je ne profitais pas des bienfaits de la posture. J’ai déplacé le curseur de la posture parfaite : d’abord une posture sécuritaire, où je respecte mes alignements, en fonction de mon corps (et pas de celui de la prof), une posture dans laquelle je me sens bien… Bref, la posture parfaite est celle qui est imparfaite 🙂

→ Au final, cette quête de la perfection est, bien souvent, détachée de nous-mêmes, ou plutôt centrée sur ce qu’on croit que les autres veulent. Mais les autres ne veulent rien. Ou si peu. Ils sont dans leur propre film : ma prof de yoga n’attend pas que je fasse la posture la plus avancée, elle souhaite que je fasse la posture qui me convient à moi dans mon corps. Mon client associatif (dans ma vie de consultante) a besoin que je lui rende ses documents à temps et sans faute d’orthographe, pas que je lui fasse des graphiques extraordinaires (j’en fais, aux couleurs de Yoga avec Emilie. Si si !), ça c’est mon obsession, pas la sienne, et pendant que je fais ça, je ne fais pas autre chose. Et je me sens tellement mieux quand je ne m’évertue pas à rester accrochée à mon espace de travail !

Et vous, quels sont les domaines où vous avez du mal à lâcher prise avec votre perfectionnisme ?

A la découverte de soi sur les sentiers

A la découverte de soi sur les sentiers

Jeudi, après 4 mois de fermeture, les plages ont rouvert. Et le nombre de pas que nous faisons tous les jours a subitement explosé ! Oui, on vit à Maurice, mais on ne passe pas beaucoup de temps allongés sur la plage, ni même à nager dans l’océan (encore moins en plein hiver !). Non, pour nous, l’intérêt de la plage, c’est surtout de marcher (et c’est sûr, se baigner, mais je réalise que c’est vraiment secondaire).

J’adore marcher sur la plage. Le sable dans les orteils. Faire une pause et s’allonger à même le sable sous les filaos ou sous les parasols des hôtels fantômes. Sentir le soleil d’hiver qui chauffe la peau, ou les rayons d’été qui essaient de percer les manches longues et le chapeau.

J’adore marcher tout simplement. C’est mon mode de fonctionnement. Quand je suis dans un nouvel endroit, ma seule façon de l’apprivoiser, c’est de marcher. C’est ma façon de découvrir. Quand on est en voyage, dans une grande ville, on se fait parfois des journées à 40000 pas. Parce que tout ce qu’on sait faire, c’est déambuler au gré de nos envies. Parfois on se fait une obsession sur un monument ou sur une place ou une rue particulière, et on va y revenir peut-être 10 fois sur un séjour de 3 jours (coucou Casa Rosada à Buenos Aires !). On marche, on boit un café, on mange une empanada, une crêpe ou une gauffre et c’est reparti.

Quand je marche, je vois plus de choses, plus de détails, je ressens mieux. L’ambiance, l’air, les gens, le paysage. Et je pense que pendant que je marche, il y a beaucoup de choses qui se passent en arrière plan, dans ma tête. Que je marche en ville ou dans la nature, que ce soit pour la balade ou pour me déplacer d’un point A à un point B, j’apprécie toujours. Mille fois plus que de prendre un véhicule pour me déplacer en ville par exemple.

Quand j’étais employée, il m’arrivait souvent de marcher à fond la caisse du bureau à mon point de rendez-vous, plutôt que de prendre une voiture, subir les embouteillages, chercher une place… Là, je maitrisais mon emploi du temps, et je me sentais bien mieux pour ma réunion que si j’avais eu à venir en voiture. Généralement je trouvais aussi plein de solutions pour les problèmes en cours (et j’a-do-re trouver des solutions). Je réalise bien sûr que c’est un privilège immense de pouvoir galoper à travers les ruelles de Port Louis, merci mon corps. Grand privilège aussi que celui de travailler en Birkenstock (chaussures tout terrain nécessaires dans les pavés défoncés de la capitale !)

Marcher donc. Apaisant. Ressourçant. Energisant.

J’ai souvent des pics d’inspiration en randonnant. J’écris dans ma tête. Bon, c’est perdu à tout jamais, mais je philosophe à fond. Tout en étant très présente à moi-même, parce que plus ça monte, plus c’est dur, plus je suis chargée, plus c’est dur. Et quand c’est dur, j’ai besoin de mobiliser le souffle et la présence au corps.

Et la rando ça pardonne pas. Dès que je ne suis plus présente à moi, je me casse la figure. Parfois royalement. Comme lors de notre PREMIERE randonnée pendant nos 3 mois de voyage en Patagonie. Chargée comme un bœuf, après une longue journée éprouvante, complètement épuisée, en pleine descente, juste avant de monter la tente, je me suis étalée, le nez contre le sentier, la cheville tordue, l’appareil photo entre moi et le sentier, le sac qui m’enfonçait encore un peu dans la terre. Complètement incapable de me relever seule. Certaine de m’être cassé la cheville. En train de pleurer, le nez écrasé dans la poussière, l’appareil photo dans mes côtes (je suis comme les enfants, peur + fatigue = larmes).

Juste avant de tomber, tout ce à quoi je pensais, c’était de m’arrêter, je laissais la gravité m’emmener toujours un peu plus bas dans cette descente qui n’en finissait pas. Je sais maintenant que plus je suis fatiguée en randonnée, plus je dois rester avec mon souffle. Et parfois m’arrêter pour manger. Pas goûter, mais manger. Il m’est arrivé, un mois plus tard, lors d’une longue étape, en faisant une pause à l’heure du goûter, alors qu’il nous restait encore 2 ou 3 heures de marche de réaliser qu’il me fallait un vrai repas. L’avantage de trimballer la maison sur le dos, c’est de dégainer au bord du lac le réchaud, la purée en flocon et le sachet de thon (oui du thon en sachet, en rando, c’est ce qu’on a trouvé de plus facile, donc adieu le végétarisme pour l’instant en rando).

La marche, ça peut même être carrément thérapeutique. Il se passe tellement de chose en nous quand on marche. Peut-être avez-vous lu ou regardé Wild, l’histoire vraie de Cheryl Strayed qui se met au défi de traverser les Etats-Unis du Sud au Nord à travers le désormais mythique PCT (devinez qui a envie de le faire depuis qu’elle a lu le livre) ? Un très beau récit où Cheryl cherche à dépasser une étape difficile de sa vie, et elle nous emmène avec elle sur les sentiers, dans ses galères et ses joies. On rit et on pleure avec elle. Et après ses 1700 kms (oui quand même), elle est une femme changée. Elle s’est trouvée.

Dans un autre genre mais avec la même puissance de transformation, Marche et invente ta vie de Bernard Ollivier nous partage les galères et les succès de jeunes de 14 à 18 ans qui ont bénéficié d’une randonnée de 2000 kms sur 110 jours, en binôme avec un adulte, sans téléphone ni musique, et encore moins internet (oui quand même). Le jeune décide à tout moment de continuer ou d’arrêter. A travers le livre, on découvre des tranches de vie de ces adolescents plus que chahutés par la vie, et de ce que cette marche incroyable leur a apporté. Ce récit m’a bouleversée. On a dans nos pieds une puissance de transformation insoupçonnée.

Qu’on marche pour le plaisir, parce que pas le choix, pour se (re)trouver ou carrément pour se sauver la vie, on a mille et unes choses à savourer dans ces moments. Prenons le temps de le ressentir, en pleine conscience, ou en déroulant des histoires dans sa tête, ou peut-être un peu des deux… La marche, c’est un peu comme le yoga, ce qu’il se passe avec les pieds sur les sentiers, on l’emmène avec nous dans la vie…

Célébrons nos contradictions

Célébrons nos contradictions

Nous sommes des êtres de contradiction. Profondément. Peut-être pas tout le monde dans la même proportion. Mais en tout cas tous les êtres avec qui j’ai pu avoir des discussions un peu profondes (faites-moi confiance, le bureau international de la statistique ambulante, c’est moi, je parle à trois personnes qui sont pleines de contradictions et je dis que la planète entière est ainsi !) (en plus je pense que mon mari à la relecture va dire « bah non, pas moi ») (ah bah voilà, c’est ce qu’il me dit, je vous l’avais pas dit ?).

Nous sommes des êtres de contradictions. Nous ne sommes pas une seule chose, nous sommes multiples. Et dans cette multiplicité, des contradictions, il y en a à la pelle.

Je suis un être de contradictions. Et j’ai longtemps lutté contre. J’ai tellement souhaité vivre en pleine cohérence avec moi-même, tout en voulant me mettre des étiquettes très claires dans ma tête : minimaliste, zéro déchet, écolo, zen, bienveillante, etc. Ces étiquettes loin de me définir m’enferment et m’empêchent d’être pleinement moi-même dans mes contradictions : minimaliste qui adore s’entourer de piles de livres, randonneuse-aventurière qui dort dans la tente au milieu de nulle part et qui adore le confort d’un hôtel 5 étoiles…

Ces contradictions en nous, elles peuvent être là, présentes depuis très longtemps, ou elles peuvent être liées à une évolution en cours. J’aurais tellement aimé qu’une fois que j’ai pris conscience d’un problème (par exemple la maltraitance des animaux dont je vous parlais récemment), je sois capable de réaligner l’entièreté de mes actions en un claquement de doigts. Mais parfois ça prend du temps. Parfois, on réussit puis on « rechute ». Parfois, ce n’est pas possible, même.

Quand on remarque une contradiction en nous, on peut se sentir mal à l’aise. Et pourtant, deux aspects apparemment contradictoires cohabitent en nous, et nous ne sommes prêts à ne lâcher aucun des deux. Ça ne veut pas dire qu’on n’avancera pas sur ces sujets, ça veut dire qu’on peut se donner le temps nécessaire pour évoluer. A notre rythme. Toujours.

Pour moi, les contradictions, c’est ce qui donne du relief aux personnes. C’est nouveau. Avant, j’essayais de lisser à tout prix mes contradictions, quitte à réprimer une partie de moi. Qui finissait par rejaillir par ailleurs. Un peu comme dans les dessins animés quand un personnage bloque une sortie d’eau qui finit toujours par trouver une autre sortie… Le risque, en voulant se lisser à tout prix, ce serait de réprimer une partie de nous, de manquer d’authenticité, et peut-être même de se perdre.

Alors j’ai commencé à faire de la place pour mes contradictions, et même à les célébrer :

  • Consciente de mon besoin de contribuer à la protection de l’avenir de l’humanité, je continue quand même à prendre l’avion. Alors qu’entrer dans un avion a été source de joie extrême pendant des années, pendant un temps, je pensais à l’empreinte carbone et ça m’angoissait. Et puis j’ai réconcilié mes contradictions, en conscience : je prends l’avion, et je vais continuer, même quand je ne vivrai plus sur mon île, toujours en privilégiant d’autres moyens de transport, mais parfois, c’est compliqué. J’ai déjà regardé, pour faire Maurice-France en bateau, c’est 19 jours. Ca m’a aidée à assumer cette contradiction là.
  • Prof de yoga, je continue à perdre patience régulièrement, et à me mettre en colère. Non, je ne flotte pas sur un petit nuage. Je fais un travail par rapport à cette colère, parfois saine, parfois moins, l’objectif étant de ne pas l’étouffer (elle est utile et précieuse pour voir quand nos limites sont franchies), mais de la canaliser… On en reparlera !
  • Récemment, j’échangeais avec l’une de vous qui ne me connaissait qu’à travers YouTube. Elle m’a dit, en se redressant, « faut que je me tienne droite, je suis devant une prof de yoga ». Et je lui ai répondu en riant que mon mari me menace parfois de me prendre en photo et de les envoyer à mes élèves tellement je me tiens mal. Et oui. Prof de yoga toute tordue sur son ordi 75% du temps. Régulièrement je m’étire, je décroise mes jambes, j’allonge mon dos. Et puis je me recroqueville à nouveau dans une posture pas du tout physiologique mais combien confortable.

Je suis ci et ça, et encore tout ça. Ce sont mes contradictions. Je pourrais me lisser, me forcer à ne voir que la facette qui me plait, ne montrer au monde qu’un côté.

Et quelque part, vouloir à tout prix voir disparaitre ses contradictions, c’est un peu faire fi de notre nature humaine. Multiple, complexe, évolutive. Faite de hauts et de bas, d’avancées et de reculades, de progrès, de réflexions et de no man’s lands.

Ça ne veut pas dire que je ne travaille pas sur les parties qui ne me plaisent pas. Ça veut dire que je suis heureuse d’être comme je suis, ici et maintenant, comme une belle boule à facettes et ses milliers de reflets. Mes facettes évoluent au fur et à mesure, et c’est parfait ainsi !

Ajoutons de la vie à la vie, les mains dans les spaghettis

Ajoutons de la vie à la vie, les mains dans les spaghettis

Un midi, alors que nous préparions à manger, je me suis retrouvée les yeux fermés, les mains plongées dans les spaghettis tout juste cuits. Mon mari a dit « quel est ce nouveau maléfice ? » (sa phrase fétiche quand je fais un truc qu’il trouve étrange). Pendant ces quelques minutes (avant qu’il m’interroge sur le nouveau maléfice donc), j’étais en communion avec mes spaghettis. La prochaine fois que vous en faites, vous pouvez essayer (après les avoir bien rincés à l’eau froide, sinon aoutch !), vous me direz si vous avez communié avec eux.

J’ai longtemps été du genre à tout faire vite fait bien fait. Me dépêcher est encore dans mes habitudes dans certains domaines. Mais j’ai enfin pris le temps de ralentir dans d’autres domaines. Je ne l’ai pas fait exprès, je n’ai pas décidé un jour « bon, je vais ralentir, là, c’est bon ». J’ai quitté mon emploi ce qui m’a permis d’arrêter de courir tout le temps, c’est sûr. J’ai arrêté du coup d’être dans les embouteillages, et ça c’est la victoire du siècle car ça me donnait l’impression de perdre un temps infini, ça ne faisait pas sortir le meilleur en moi, et même si j’avais aménagé mes horaires en fonction, le dragon qui sommeille en moi se réveillait un peu trop souvent sur les routes… Et bien sûr le yoga dans ma vie au quotidien depuis 5 ans, forcément. A force de ressentir des choses en moi sur le tapis, je les ressens hors du tapis. Et je peux passer 5 minutes les doigts dans les spaghettis cuits.

Parce que oui, sentir le sable chaud sous les pieds ou la douceur de la brise sur la plage, c’est sûr que c’est top. Mais on n’est pas tous les jours sur la plage. Et ce que j’aime avec l’expérience des spaghettis, c’est qu’on n’a pas besoin d’attendre l’exceptionnel. On peut comme dans Amélie Poulain plonger les mains dans les sacs de grains secs au quotidien, dans les gestes banals de la vie de tous les jours. Pour moi, ces moments de pleine conscience (car c’est ça, en fait) passent beaucoup à travers le toucher et la vue, mais ça peut passer à travers n’importe quel sens.

Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé de vivre en mode « allons plonger les mains dans les spaghettis et me délecter de cette sensation », mais plutôt l’habitude prise de faire les choses un peu plus en conscience, un peu moins vite, qui me permet de me connecter à mes spaghettis (ils étaient ravis, bien qu’un peu surpris, ce n’était pas dans le briefing qu’ils avaient reçu à l’usine sur la vie des spaghettis).

Se donner l’espace de ralentir, même quelques minutes dans une journée, ça finit par déteindre sur d’autres parties de notre quotidien… Pour moi, ça passe par le yoga du matin, que je clôture depuis quelques mois par une petite prière universelle (très fortement inspirée de cette prière des Nébuleuses), et puis des soirées douces et tranquilles, autant que possible. Le reste de la journée, ce sont simplement de petits moments qui apparaissent naturellement au détour de mon quotidien : l’odeur de la pluie en été, ou celle du nouveau paquet de café, la texture du gilet ou tout simplement le ciel, source infinie de contemplation…

Je vous partage de petites pratiques à faire régulièrement pour ralentir et vous connecter de plus en plus à vous-mêmes. Ce ne sont pas des baguettes magiques, mais peu à peu, vous verrez peut-être de la magie apparaitre dans votre vie. Des spaghettis à la magie, il n’y a qu’un pas…

Etre végétarienne, une des expressions d’Ahimsa

Etre végétarienne, une des expressions d’Ahimsa

Avant toute chose : le végétarianisme est un choix, n’en déplaise à celles et ceux qui font du prosélytisme. Chacun son choix avec sa réalité, ses besoins, son corps, son histoire, ses valeurs, sa santé… Être végétarien, végétalien ou végane, c’est un choix, tout simplement. D’ailleurs, quelle est la différence ?

  • Végétarien : ne mange pas de chair (ni viande, ni poisson, ni fruits de mer : une personne qui consommerait seulement des poissons et des fruits de mer serait pesco-végétarienne par exemple)
  • Végétalien : ne mange pas de produits d’origine animale – pas d’œufs, pas de produits laitiers, pas de miel
  • Végane : ne consomme aucun produit d’origine animale, ni dans son alimentation, ni dans le reste de sa vie (habillement, décoration,…)

Devenir végétarienne : le déclic

En 2013 ou 2014 j’ai lu une phrase dans un bouquin que lisait mon mari et je suis devenue végétarienne. Est-ce que le mec qui a écrit le bouquin est un génie pur ? Non, il a eu la phrase qui m’est arrivée au bon moment, après des années à ne pas manger de viande le lundi parce que j’allais au yoga (tiens donc) et le jeudi parce que c’est jour de carême dans ma belle-famille (pour un Dieu, je ne sais plus lequel, j’avais promis à ma belle-mère). Pendant toute cette période, je savais que je ne voulais pas contribuer à la souffrance animale, mais je continuais à manger les animaux… Jusqu’à cette phrase.

Cette phrase, c’était quoi ? En gros, qu’on ne devrait manger que ce qu’on peut tuer soi-même. Ça a été radical. Je sais que je peux tuer les fourmis (je suis génocidaire en la matière), les moustiques (aussi, ahimsa ne s’applique pas à eux), les cafards (mais si quelqu’un est là pour les tuer, c’est mieux parce que j’ai un peu peur). Les araignées, on avait choisi de les laisser vivre, puis on a été envahis, donc on a dû les ratiboiser un peu, et les lézards font leur vie chez nous (ça m’étonne qu’aucun ne se soit invité en cours de yoga d’ailleurs !). Les autres animaux que j’ai déjà tués volontairement, c’est quelques poissons dans mon enfance.

Cette phrase m’a permis le déclic qui me manquait pour devenir végétarienne. En plus je n’aimais pas particulièrement la viande, donc ce n’était rien de très compliqué à mettre en place. Ni une ni deux, je suis devenue « veg » (« vedje ») comme on dit ici. Sans aucun souci. Et puis, à force de voir les recettes véganes, de découvrir les souffrances liées, très souvent, à la production des œufs et du lait, j’ai décidé d’être végane : pas de produit d’origine animale, ni dans mon alimentation, ni dans le reste de ma consommation. Je le suis restée pendant 2 ans, avec de rares exceptions sociales (« merci d’avoir fait un gratin, mais tu sais, je ne mange pas de fromage ni de crème » = je ne suis pas capable de dire ça).

Etre végétarien-ne, c’est aussi recevoir beaucoup de questions sur son alimentation

L’expression d’Ahimsa, la non-violence, par rapport au végétarianisme / végétalisme / véganisme, c’est aussi de ne pas poser 36789 questions aux végétariens sur leur état de santé, leurs prises de sang, leur taux de protéine journalier. Parce que c’est très répétitif, d’une part, et très intrusif aussi, on ne demande pas cela à une personne omnivore. C’est aussi accepter leurs contradictions : certains pourront par exemple faire un petit écart de temps en temps, en mangeant un poisson en vacances (c’est mon cas), et d’autres ne peuvent tout simplement pas voir un steak sans voir l’animal mort (aussi moi, disons que mon niveau de compassion est plus élevé pour les vaches que pour les poissons…). Bien sûr, rien ne vous empêche de poser des questions bienveillantes, dans un cadre respectueux…

Généralement, les gens qui posent le plus de questions, ce sont celles qui se sentent à la fois appelées, et interpelées au niveau de leurs valeurs, mais aussi qui ne voient pas comment elles pourraient arrêter la viande. Le fameux clash entre valeurs d’un côté et de l’autre réalité, culture, habitudes de vie, goûts ancrés, etc.

L’équilibre entre valeurs, plaisir, réalité

Le végétarianisme, c’est un peu l’exemple facile d’Ahimsa, la non-violence. Facile et pas facile, car composé de plein de nuances. Et dans mon cas de compromis et d’arrangements avec moi-même. Après avoir passé 2 ans à dire « je suis végane », le retour des produits laitiers et des œufs dans mon alimentation n’a pas forcément été facile à assumer. Comme si c’était reconnaitre la défaite du véganisme. Alors que non. C’est juste que c’est ce qui me convient le mieux actuellement.

Parmi mes compromis, il y a des œufs produits par des « poules heureuses », en tout cas c’est ce qui m’est vendu : elles gambadent dans la nature, d’après ce qu’on me dit et les œufs ont toute sorte de formes et de couleurs. C’est un privilège. Un œuf coûte à peu près 2 fois le prix de l’œuf vendu en supermarché. Un autre compromis, c’est le fromage. J’en mange aux « grandes occasions » (le bon fromage est vraiment cher de toute façon à Maurice), et sur les pizzas que j’achète. Et le dernier compromis, c’est le lait dans le chocolat au lait (honte à moi), les glaces et les tiramisus. Pour le reste, je fonctionne avec les substituts qui fonctionnent bien pour moi et j’ai changé mes habitudes : le lait de coco est tellement meilleur dans les spaghettis que la crème, le café sans lait, ça fonctionne très bien, il faut juste avoir du bon café…

J’ai été capable d’aller loin dans mon aventure de végétalisme, pendant toute une période, j’ai mixé des noix de cajou pour faire mon lait végétal pour boire mon café au boulot. Est-ce pratique de se trimballer avec un petit pot de lait de noix de cajou à travers l’île ? Non. Est-ce logique ? Pas tellement. Est-ce que ça me faisait plaisir de le faire ? Ouiiiii !! J’ai adoré cette expérimentation. Et quand c’est devenu lourd et pénible et que j’avais envie de manger des œufs à chaque repas et du fromage et tout ça, j’ai lâché prise. Parce que je ne crois pas que tomber dans le dogme et le sacrifice nous aident vraiment à rendre le monde meilleur.

Parce qu’il s’agit bien de cela, avec Ahimsa, le premier des Yamas, la base de tous les autres, de rendre le monde un peu meilleur, une action consciente à la fois.

Quelques idées reçues sur le végétarianisme / végétalisme / véganisme 

Ca coûte cher

Faux. On mange très équilibré pour pas cher du tout. Du riz, des pois chiches et des épinards par exemple (y a-t-il un Mauricien qui sait dire brède en français ? Je traduis ça par épinard dans le désespoir. En gros à Maurice, on mange les feuilles de beaucoup de plantes, par exemple les feuilles de l’équivalent local du potiron, ou de la christophine. Bref, c’est du feuillu vert). Des œufs, du pain, une salade. Du taboulé avec des amandes et des pois chiches.

En plus globalement les produits expirent moins vite que la viande ou le poisson, donc moins de pression sur la gestion du frigo (je fais pas la maline, parce que je ne suis pas une experte dans le domaine !)

C’est long et compliqué de préparer des repas végétariens / végétaliens

Non, c’est comme préparer un repas normal, on peut faire des recettes vite fait bien fait. Vous avez peut-être une vision de recettes compliquées, mais n’oubliez pas que beaucoup de choses du quotidien sont déjà végétariennes : un gratin, un plat de pâtes, une salade composée, une tarte, une poêlée de champignons…

« On peut plus t’inviter depuis que t’es végétarienne ! »

Bien sûr que si ! Je ne peux pas parler pour les autres, mais globalement, je suis toujours très contente qu’on ait pensé à moi en me faisant un plat juste pour moi, ou en mettant toute la tablée au végétarianisme pour un repas. Je trouve ça très chouette. Si la personne est végane, c’est peut-être plus compliqué d’adapter les plats, n’hésitez pas à lui demander des idées ou des astuces !

Les chaussures véganes, ça coûte un rein

Les chaussures véganes, ça coûte un peu, c’est sûr. Et comme toujours avec les chaussures, on n’est jamais sûres à 100% qu’on va y être vraiment bien dedans à la longue, comment vont-elles vieillir, comment vont-elles supporter l’humidité (coucou les Mauriciennes !)… Ce que je fais : je me les suis faites offrir (par mon frère !), et sinon, j’achète d’occasion des chaussures en cuir. Donc des chaussures très peu, voire jamais, portées (il vaut mieux éviter de porter des chaussures qui ont l’empreinte du pied de la précédente propriétaire, ça va jouer sur les articulations). J’ai fait pareil avec ma ceinture et mon sac à mains. En France, il y a Vinted, les friperies de plus en plus nombreuses en ville, et plein d’autres sites et personnes qui vendent à distance… Et à Maurice, il y a The Good Shop et Ju & Marinette…

Etre végane, c’est extrême

Non, ça n’est pas extrême, mais ça demande une bonne dose de volonté pour le devenir et le rester ! Si on a déjà eu des troubles du comportement alimentaire, transitionner vers une alimentation purement végétalienne, ça peut être difficile, voire faire resurgir des difficultés du passé : soyez attentives à cela, et respectez-vous, avant toute chose !

C’est dangereux pour la santé

Non, sauf si bien sûr vous avez un avis médical contraire. Manger végétarien ou végétalien n’est pas synonyme de déséquilibre alimentaire ou de carence. Par contre, il vaut mieux bien sûr veiller à l’équilibre général de vos assiettes et vous supplémenter en vitamine B12 (une vitamine qu’on ne trouve pas dans l’assiette végétalienne, et en faible dose dans l’assiette végétarienne). La carence est fréquente même chez les omnivores, particulièrement chez les plus de 50 ans. J’utilise la VegOne, et de façon générale, on préfère utiliser de la B12 à base de cyanocobalamine (selon les recommandations de la Fédération Végane). 

Et les protéines alors ? On trouve des protéines dans une très large palette d’aliments. Personnellement, je m’assure d’avoir un apport important en protéines au moins au repas du midi (pois chiches, haricots rouges, oeufs au plat…), sinon j’ai faim dans l’après-midi…

C’est difficile d’arrêter la viande

Ca dépend des gens. Pour certaines personnes, c’est du jour au lendemain, pour d’autre, ça prend du temps. On peut commencer par réduire, un repas à la fois… Je conseille de ne pas tomber dans le piège de vouloir absolument remplacer la viande avec des sortes d’équivalents véganes ou végétaux, parce que ce n’est pas toujours très bon (on a fait des heures de cuisine pour notre premier Noël végane, c’était très élaboré, avec du faux foie-gras, et tout, mais c’était vraiment pas à la hauteur de nos espérances, c’est bien meilleur maintenant qu’on n’essaie plus d’imiter !) Donc c’est difficile, oui et non. Comme d’habitude, le principal est de savoir pourquoi on le fait : si la raison pour laquelle on veut réduire notre consommation de produits animaux nous parait suffisamment importante, nos efforts nous paraitront beaucoup moins difficiles !

 

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