Le jour où je suis devenue prof de yoga

Le jour où je suis devenue prof de yoga

Je ne suis pas (encore) prof de yoga. Je n’ai pas fini ma formation, je n’ai pas soumis tous les éléments requis pour l’évaluation, bref, je ne suis pas certifiée. Et pourtant, je suis, je me sens, prof de yoga. Précisément, depuis le 26 février, 8h45.

Ce jour-là, je donnais mon premier cours de yoga. Je l’avais proposé de façon spontanée à une amie qui me partageait des difficultés : « si tu veux, la semaine prochaine, on arrive plus tôt et je te donne un cours de yoga ? Bon, ce sera mon premier, mais ça t’aidera peut-être ? » Elle, enchantée par la perspective, accepte immédiatement, moi, la peur au ventre, je commence à me demander pourquoi j’ai proposé cela.

J’ai passé la semaine à me dire que ça irait, et puis que non, ça n’irait pas, et puis pourquoi je me lance pour une heure de yoga alors que je n’ai pas encore soumis ma toute première pratique d’enseignement dans le cadre de ma formation ? Stress, stress. Syndrome de l’imposteur, coucou !

Je n’ai pas pu préparer ma séance aussi bien que je le voulais. Je suis arrivée un peu dépaillée, après une heure de route, tout juste à l’heure. Ouf, elle n’était pas encore là, j’ai pu me poser, reprendre un peu mes esprits, repasser à travers mes nombreuses notes… Elle est finalement arrivée, on a changé d’espace pour faire notre séance pour ne pas être dérangées, et on a commencé.

Un peu fébrile, très accrochée à ma feuille où était écrite ma centration (la relaxation du début de séance), j’y suis allée. Un peu tremblante, en me rappelant avec bienveillance pourquoi j’étais là, j’y suis allée. Le coeur battant, un grand sourire aux lèvres, mais les sourcils probablement froncés, j’y suis allée.

Et puis, vers la fin de la centration, j’ai entendu ma voix. Dis donc, c’est ma voix, ça ? Je croyais que ma voix était aigüe. Dis donc, c’est mon flot de paroles, ça ? Je croyais que j’allais buter sur chaque mot.

Et on a enchainé la séance. Sans accroche, dans le plaisir et dans la joie. Je voyais que mon élève du jour était ravie de sa séance, qu’elle se sentait bien.

J’ai commencé la séance, je n’étais pas prof. J’ai fini la séance, j’étais prof.

Souvent, passer à l’action, c’est tout ce qu’il faut pour changer une réalité. Pour se donner confiance dans un moment de doute. Bien sûr, passer à l’action, mais pas n’importe comment ! Il n’est pas question de se lancer à l’eau sans savoir nager, sans se préparer, sans bouée de sauvetage.

Et dans ce cas, je m’étais assurée de :

  • Savoir nager – j’avais les bases de ma formation de prof de yoga bien en tête, la méthode pour monter une session, les fondations des postures que j’allais présenter

  • Me préparer – j’avais monté ma séance, sur un thème qui correspondait à l’élève, d’après la méthode qui m’avait été enseignée

  • Avoir une bouée de sauvetage : ma première élève baigne dans la bienveillance, et je savais qu’elle allait me faire un retour constructif quoi qu’il en soit, que si je n’y arrivais pas, elle comprendrait (merci, N. !).

Du tapis à la vie, il n’y a qu’un pas. On peut faire mille parallèles, avoir plein de moments de clarté. C’est ce que j’aime dans le yoga. C’est ce que je m’attache à vous faire découvrir, peu à peu !

Ces postures qui nous résistent

Ces postures qui nous résistent

​​Quand j’ai commencé ma formation de professeure de yoga, la première posture que nous avions à étudier était « Supta Padangusthasana ». Ne connaissant pas les noms des postures en sanskrit à ce moment-là, je me dirige vers ce module sans crainte et le coeur léger. Quand j’y arrive, il s’agit de la posture appelée en français « main à l’orteil couché au sol ». Horreur et damnation.

J’ai été bloquée pendant toute la durée du module sur mon incapacité perçue à réaliser la posture. Sur les expériences désagréables que j’ai pu vivre dans des cours de yoga où je me suis sentie tout bonnement incompétente parce qu’aucune adaptation de la posture ne m’était proposée (ou je n’ai pas réussi à me l’approprier).

Pourtant, dans ce module justement, Maryse et Caroline de Diva Yoga nous présentent les variations nous permettant de réaliser la posture quel que soit notre état de souplesse et de flexibilité. Rien à faire, je résiste, je me dis que je n’y arrive pas, je passe au module suivant. J’ai boudé cette posture pendant des mois. Avant de la redécouvrir récemment et de la pratiquer avec délectation régulièrement. Si ça vous dit de la pratiquer avec moi, c’est ici.

Or, cette posture, c’est justement exactement ce qu’il me faut pour que mon corps gagne en souplesse ou en tout cas, n’en perde pas. En termes de bienfaits psychiques et spirituels, c’est aussi exactement ce qu’il me faut : ancrage, amélioration de la concentration, paix intérieure, « revigore le cerveau »…

Alors, pourquoi j’ai résisté des années, puis des mois une fois que j’ai eu tous les outils pour la pratiquer convenablement dans mon corps ?

Je pense que ça me renvoyait trop fortement aux limites marquées de mon corps, à mon manque de souplesse. Je pense aussi que j’avais de fausses croyances sur l’utilisation des accessoires (blocs, courroie…), les variations nécessitant une courroie ou au moins un foulard. Et moi en espèce de fausse puriste mal placée, je résistais. Oui, je voulais faire du yoga sans accessoire, pour faire du « vrai » yoga. Rien n’est plus faux. J’en parlerai dans un prochain article. Je résistais peut-être pour d’autres raisons aussi, que je ne connais pas.

Mais le jour où j’ai fait cette posture dans une variation qui me correspondait, j’ai ressenti un tel bien-être dans mon corps et dans mon esprit, que j’ai bel et bien la sensation d’avoir fait sauter des barrières. Physiques oui, mais surtout mentales. Ca tombe bien, c’est une des raisons pour lesquelles j’adore faire du yoga.

J’ai d’autres postures en stock qui me résistent fortement. Mais maintenant je suis sereine. Je sais que je vais les conquérir l’une après l’autre, dans le respect de mon corps. Je vais les conquérir non pas parce que j’ai besoin de les faire, mais parce que je sais que faire sauter des blocages dans mon corps en fait sauter d’autres dans ma tête. Et parce que je sais maintenant qu’il y a une version de chaque posture pour moi, tant qu’elle ne m’est pas contre-indiquée.

Et vous, avez-vous une posture qui vous résiste ?

 

Raide comme un Playmobil ?

Raide comme un Playmobil ?

« J’suis pas souple, j’peux pas faire de yoga… » C’est quelque chose que j’entends énormément, notamment chez certains hommes. Le manque de souplesse constitue un obstacle à la pratique du yoga, la flexibilité étant perçue comme un pré-requis obligatoire. Peur de se sentir jugé-e ? Séquelles de cours de gym à l’école un peu trop axés sur la souplesse ? Sentiment d’incompétence développé par un-e prof maladroit ?

Quelle qu’en soit l’origine, cette barrière n’a pas de mérite d’exister : le yoga, c’est pour tou-te-s, quels que soient le genre, le niveau de flexibilité, l’état de santé. Il y a un yoga pour nous tou-te-s, il suffit de trouver le/la professeur-e qui vous conviendra.

Quand j’ai commencé à sentir venir le désir de devenir professeure de yoga, j’ai commencé par me dire « je vais travailler ma souplesse, puis je chercherai ». Quand la proposition de formation avec Diva Yoga est venue à moi pour la deuxième fois, je me suis dit « bah je suis pas assez souple », comme la première fois. Sauf que j’ai quand même envoyé un email en mentionnant cette inquiétude, et j’ai été « rassurée ». Malgré tout, pendant les mois qui ont séparé mon inscription et le début des cours, je conservais un fort sentiment d’illégitimité qui a même perduré les premières semaines de la formation.

Puis tout cela s’est estompé. Je suis la prof de yoga des pas souples. Des rigides. Des raides. Je suis la prof de yoga qui vous dit « on peut aller plus loin, mais dans mon corps, ça s’arrête là. Si vous souhaitez aller plus loin, voilà comment vous pouvez le faire en sécurité [et je décris, ne pouvant pas faire] ».

J’ai compris, à travers les cours d’anatomie que je pouvais continuer à détendre certaines parties de mon corps, que je pourrai gagner en souplesse par endroit. J’ai aussi appris qu’en fonction de la forme ou de la longueur de mes os par exemple, certaines choses me resteraient inaccessibles. Et ça m’a fait un bien fou de savoir cela. Ca m’a permis de lâcher prise (oui, j’aurais pu m’en douter avant, parce qu’a priori, si mes mains ne touchent pas le sol quand je suis assise en tailleur, rien ne va pouvoir faire changer cela, pas même cette prof qui a les bras pliés quand ses mains touchent le sol dans la même posture !)

Je suis la prof de yoga des pas souples, des rigides, des raides et même de ceux qui se sentent comme des playmobils. Et vous, ça vous arrive de vous sentir raide comme un Playmobil ?

Une routine de yoga ?

Une routine de yoga ?

J’ai commencé le yoga il y a une dizaine d’années. J’allais en cours une fois ou 2 par semaine. Puis mes horaires ont changé et je n’ai plus pu fréquenter ce studio. J’ai par la suite découvert une autre prof, pas loin du bureau, et j’y allais avec quelques collègues. Malheureusement, elle a délocalisé sa pratique et je me suis retrouvée à nouveau sans prof.

Un jour, lasse de chercher le cours de yoga qui me conviendrait, j’ai essayé de pratiquer dans mon jardin avec YouTube. Et j’ai plutôt aimé ça. J’ai réessayé. Puis j’ai décidé que tous les jours, avant le petit-déjeuner, je ferais du yoga.

Ouh là, j’y croyais moyennement, je ne suis pas la reine des nouvelles habitudes, et je me levais déjà très tôt à l’époque. Mais deux choses m’ont permis d’ancrer cette habitude :

  • ressentir un vrai mieux après ma session, une connexion avec moi-même et avec la nature dans notre superbe jardin de l’époque
  • avoir lié cette nouvelle habitude à une autre : faire mon yoga avant le petit-déjeuner. Pas de yoga, pas de petit-déjeuner, habitude fondamentale chez moi.

Le cumul des deux a été radical. Depuis ce jour de mai 2016, je fais du yoga tous les matins, hors vacances où je perds encore mes repères. Et ça a changé ma vie : non seulement j’ai mieux vécu les périodes compliquées au travail, mais j’ai aussi appris à mieux gérer mes émotions, pris le courage de quitter un emploi que j’aimais mais qui grignotait ma vie, et j’ai découvert une nouvelle voie professionnelle. « A little goes a long way », dit Adriene Mischler, celle avec qui j’ai fait le plus de yoga ces dernières années (sur Yoga with Adriene, si vous comprenez l’anglais), et elle a bien raison !

Mon jardin à l’époque où j’ai commencé à faire du yoga tous les matins et tous les soirs ❤

On fait connaissance ?

On fait connaissance ?

Je m’appelle Emilie, je suis française, et à l’heure où j’écris, j’ai 34 ans et je vis à l’île Maurice depuis 12 ans. Je suis à la fois consultante auprès d’associations, rédactrice et professeure de yoga.

Je suis une vraie touche-à-tout qui a trouvé la parade à chaque fois qu’il fallait se spécialiser : j’ai choisi le bac qui englobait la plus grande variété de sujets (ES), une formation très générale (Sciences Po Toulouse), un premier emploi dans un grand groupe dans la responsabilité sociale d’entreprise ET la communication, puis deux dans une association de lutte contre le VIH où j’ai fonctionné comme une « pomme d’amour ». A Maurice, une pomme d’amour (tomate), ça se met à toutes les sauces, ça se glisse dans toutes les recettes, ça s’immisce dans la moindre préparation… J’étais un peu partout, à tout faire, et ça me convenait à merveille. Mais quelque chose à la fois manquait et m’étouffait. J’ai quitté ce poste en 2018, je suis partie en voyage 3 mois en Patagonie avec mon mari, et au retour, j’ai commencé mes activités de consultante associative.

Puis je me suis finalement inscrite à une formation de yoga. En ligne, professionnelle, sécurisante, avec une référence du yoga dans le monde francophone, Diva Yoga. Ce qu’il me fallait pour franchir le pas. Et donc, je me forme en tant que professeure de yoga depuis octobre 2019. Je serai certifiée probablement autour de juillet 2020. En attendant, j’ai commencé à donner des cours !

All we can do is do our best. Tend to it. And try to enjoy. — Adriene Mischler / Yoga with Adriene