Article invité : Helena et le yoga

Article invité : Helena et le yoga

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique : de temps en temps, j’inviterai des personnes à partager leur expérience de vie autour du yoga. On commence aujourd’hui avec Helena Lutchman. Nous nous connaissons depuis plusieurs années, et elle n’a de cesse de m’étonner, m’inspirer et me faire réfléchir à travers ses partages toujours justes et bien pensés. Bonne lecture ! 

Je m’appelle Helena, j’ai 26 ans et je suis Mauricienne. La plus grande partie de mon temps et de mon énergie sont partagées entre les livres, les infusions, les sucreries et le body art ! Plus “sérieusement”, depuis quelques années, j’explore la communication en santé, aussi bien à travers mon emploi en agence de comm’, mes études universitaires, et mes activités bénévoles en ONG. Un des facteurs qui a joué un grand rôle dans le développement de cet intérêt est qu’en 2016, on m’a diagnostiqué d’un lupus érythémateux systémique (ou disséminé). Il s’agit d’une maladie auto-immune chronique et incurable, et dont une cause précise ne peut être déterminée. En gros, mon système immunitaire est “hyperactif” et peut s’attaquer à n’importe quelle partie saine de mon corps (la peau, les os, les vaisseaux sanguins et les organes par exemple). L’une des particularités du lupus est la variété de symptômes qu’il présente, et le fait que les symptômes varient d’un.e patient.e à un.e autre. Chez moi, cela se traduit principalement par la fatigue, des douleurs articulaires, des faiblesses musculaires, des ulcères buccaux (aphtes), des nausées et parfois des ganglions lymphatiques enflés et de la fièvre. D’autres symptômes incluent la perte de cheveux, des éruptions cutanées, des fausses couches… Autant vous dire qu’il est très difficile à diagnostiquer et que certaines personnes souffrent pendant des années avant de comprendre ce qui leur arrive, et donc d’avoir accès à un traitement adéquat. Lorsqu’il s’attaque aux organes (plus fréquemment les reins ou le cœur), le lupus peut être fatal.

Mon diagnostic a demandé que je revois complètement mon mode de vie. La fatigue est mon symptôme le plus constant : je “fonctionne” avec relativement peu d’énergie au quotidien et si j’essaie de pousser au-delà de mes capacités, je risque de faire une poussée de lupus (c’est-à-dire que plusieurs symptômes se réveillent). Je fais donc très attention à planifier mes activités, en prenant en considération combien d’énergie ça me demandera, et en prévoyant des temps de repos. Le stress, les infections, les expositions au soleil peuvent aussi causer une poussée de lupus, et il me faut donc faire attention à tout cela. Je suis suivie par un rhumatologue, avec des examens réguliers et je prends un traitement depuis ces 5 dernières années (et probablement à vie).

Aujourd’hui, il m’est encore difficile de savoir ce que je peux faire ou pas. C’est beaucoup de tâtonnements et de négociation. Un exemple récent est quand j’ai décidé de m’inscrire pour une formation à temps partiel. “Est-ce que je pourrai tenir le rythme de faire l’aller-retour entre l’université et la maison, en transport en commun, trois jours par semaine ? Est-ce que je pourrai gérer la charge de travail et les dates limites lorsque je ne me sens pas bien ?”. Le lupus est, je pense, le paramètre le plus important qu’il me faut considérer dans chacune de mes décisions, et c’est toujours compliqué de trouver l’équilibre entre faire ce qui me motive et ne pas pousser mon corps à bout.

J’ai beaucoup de chance (et de privilège), d’avoir accès à des soins de qualité, d’être entourée de personnes (professionnel.le.s de la santé, famille, ami.e.s) compréhensives et attentionnées. La psychothérapie a aussi été cruciale dans l’acceptation de mon diagnostic. J’évolue dans un environnement de travail très sain, dans lequel je n’ai jamais ressenti la nécessité de dissimuler ma maladie. Parmi les autres choses qui me permettent de mieux vivre la maladie, il y a le fait d’en parler ouvertement, les réseaux virtuels avec d’autres personnes vivant avec le lupus, avoir une routine quotidienne bien établie, me faire masser aussi régulièrement que je peux me le permettre et bien évidemment, le yoga !

J’ai commencé le yoga en avril 2018, et j’avoue qu’au départ c’était un peu par manque d’alternatives. L’image que j’avais du yoga ne me parlait pas trop, voire pas du tout… Pour moi le yoga c’était soit (i) indissociable de certaines croyances et pratiques religieuses (ii) une mode sur les réseaux sociaux, avec des photos de personnes qui posent devant des piscines d’hôtels de luxe (iii) un truc qu’on essaye de me vendre comme “remède miracle” pour mon lupus. Je tenais cependant à pratiquer une activité physique régulière et, après avoir longuement cherché parmi tant de cours dont je n’étais clairement pas le public cible, j’en ai enfin trouvé un qui m’était accessible en termes de lieu, d’horaires et de coûts. Et finalement, lors de ma première séance, je me suis retrouvée allongée sur le tapis avec les larmes aux yeux : je ne me souvenais même plus de la dernière fois que je m’étais sentie aussi bien dans mon corps.  Depuis, je n’ai pas arrêté ! Dérouler le tapis est la première chose que je fais à mon réveil, et la dernière avant de me coucher. Le yoga me permet d’exercer mes articulations en douceur, de lâcher prise et surtout de me recentrer sur moi-même. Cette pratique m’a permis d’apprendre à faire les mouvements dont mon corps à besoin (que ce soit en cas de tensions aux épaules à cause de ma posture devant l’ordinateur, en passant par les ballonnements à certains moments de mon cycle menstruel, jusqu’aux douleurs articulaires liées au lupus). La posture du pigeon est ma préférée, suivie de près par la posture de l’enfant, car je me sens vraiment enracinée dans ces postures. En ce qu’il s’agit de respiration, c’est de loin la respiration alternée qui me fait le plus de bien ! J’essaie de la pratiquer pendant quelques minutes tous les matins, et il n’est pas rare que j’y revienne à n’importe quel moment de la journée lorsque je me sens angoissée.

Cependant, le yoga n’est pas un remède magique. Il ne soulage pas toutes les douleurs, et ne remplace pas mon traitement médicamenteux pour le lupus. Il n’efface pas toutes mes pensées et émotions négatives, en particulier celles qui sont liées à des schémas de pensées irrationnels, et sur lesquelles on travaille en psychothérapie. Il n’empêche pas qu’à des moments je ne dose pas bien mon énergie, je vais trop loin et mon corps finit par “crash”… ou qu’à d’autres moments (souvent !) je me sens submergée ou anxieuse. Même s’il contribue à une relation plus saine avec mon corps, le yoga ne fait pas de moi une personne qui est 100% positive au sujet de la maladie, ou qui ne se compare pas de temps en temps (là encore, souvent !) aux autres.

Quand on parle d’Ahimsa (de non-violence) dans le yoga, je pense que c’est cette idée de comparaison et donc de non-comparaison qui est la plus importante. Mes premiers cours de yoga en groupe m’ont fait réaliser que, par exemple, une personne peut être souple mais manquer d’équilibre, ou être très à l’aise dans certaines postures mais ne pas se sentir suffisamment en confiance pour en essayer d’autres. On fait avec le corps qu’on a, les bobos qu’on accumule au fil du temps et qui nous fragilisent, ou les compétences que l’on développe avec la pratique. Je pense que c’est un principe important à ramener au-delà du tapis lorsqu’il s’agit du lupus. Nous avons des modèles plutôt rigides de ce qu’un corps est censé être ou de ce qu’il est censé pouvoir faire. Ce sont des attentes que l’on internalise, et les comparaisons viennent autant de nous même que des autres. Afin de mieux vivre avec le lupus, et d’aider ceux et celles autour de nous qui vivent avec, nous pouvons nous renseigner au maximum sur la maladie et oser remettre en question les institutions qui n’ont pas été conçues en pensant à tous les corps.

PS : je recommande vivement ces deux textes : The Body is Not An Apology de Sonya Renee Taylor et Invisible de Michele Lent Hirsch !

 

N’hésitez pas à envoyer des paillettes à Helena dans les commentaires ! Vous pouvez retrouver Helena sur son blog : https://withthewolf.wordpress.com/ 

Vous êtes unique : le yoga s’adapte à vous !

Vous êtes unique : le yoga s’adapte à vous !

Oui, vous. Et puis vous. Et vous, aussi. Oui oui, vous aussi. Oui, c’est LE point commun que nous avons : nous sommes uniques. Il n’y en a pas deux comme nous. Et même si vous avez une jumelle, vous êtes tout autant unique.

Toutes les mêmes, toutes différentes

Etre unique, ça veut dire quoi ? On est différentes les unes des autres. Pas l’une comme l’autre. On se ressemble par notre humanité partagée, on a des traits communs, on a des caractéristiques qui nous font croire qu’on est les mêmes… Et puis non. Puisqu’on est unique. Véritablement.

Et on aime bien le dire et le revendiquer. Se dire unique, original. Qu’on n’est pas comme les autres. Qu’on est différentes. Les autres sont tout aussi originaux et différents. Pas original dans le sens « je me distingue », mais original dans le sens différent. Différents gênes. Différentes neurones. Différente histoire. Différent corps. Différent vécu. Différente éducation.

On le revendique. Et pourtant, sur notre tapis, tout d’un coup, on souhaiterait voir se gommer cette différence. On souhaiterait être toutes les mêmes, toutes souples.

Dans mes cours de yoga, je propose, autant que possible, plusieurs variations d’une même posture. Et parfois, je répète deux ou trois fois la même variation, parce que je pense que certaines de mes élèves seraient plus à l’aise et mieux alignées dans cette version. Certaines restent dans la version qu’elles jugent plus aboutie, insistent, poussent, se contorsionnent…

Je les vois, et je me revois, il y a quelques années, sur mon tapis, en studio de yoga, à vouloir absolument, en torsion, toucher mon genou par terre de l’autre côté, même si l’épaule décollait (malgré les instructions). A bouder les blocs. A regarder une dame de peut-être 75 ans être plus souple que moi et je ne comprenais pas comment je pouvais être toujours aussi raide. J’insistais, je forçais.

Tout ça, c’est assez lié à une certaine philosophie très présente dans nos sociétés de « No pain, no gain » : pas de progrès sans souffrance. Aux antipodes de la pensée du yoga (souvenez-vous, Ahimsa, la non-violence : ça s’applique aussi à nous-même). Et aussi, aux antipodes de la réalité de nos corps : se voûter, se contorsionner pour rentrer dans une posture dans laquelle on souffrira peut, au mieux, nous dégoûter de cette posture, et au pire, nous blesser ou nous dégoûter du yoga, en mode « c’est pas pour moi » (ce que disent beaucoup de personnes qui manquent de souplesse, après s’être senties incompétentes pendant un cours de yoga).

Ce qui m’a tellement aidée à faire le deuil de la souplesse que je voulais tellement, c’est de comprendre qu’il n’est pas seulement question d’élasticité des muscles. Non, il est aussi question de tendons, de ligaments, de fascia, de forme d’os. Et quand j’ai compris que c’est probablement la forme de la tête de mon fémur ou de mon bassin qui m’empêche d’avoir la liberté que je voudrais dans certains mouvements, savez-vous ce que ça m’a apporté ?

Liberté. Sécurité.

Non, ce n’est pas le slogan d’un candidat à l’élection présidentielle. C’est ce que m’a apporté cette connaissance vitale, en début de formation de prof de yoga. Savoir que je n’y pouvais certainement rien m’a libérée du poids « je dois devenir souple » (après 3 ans et demi, à l’époque, de pratique quotidienne, et peu d’évolution dans ma flexibilité, il était temps de m’en libérer !). Je n’étais pas réjouie pour autant, ça voulait aussi dire que je ne serai probablement jamais souple. J’ai bien compris à ce moment-là que ne pas forcer où mon corps ne peut pas aller me garantit la sécurité. Plus on tire, plus on sollicite d’autres articulations qui sur-compensent et dont les tendons peuvent finir par s’étirer… Aoutch ! Ça fait mal et ces douleurs peuvent même s’installer durablement.

Mais j’ai pu devenir moi. La prof de yoga pas souple. Qui assume (presque) à 100% ses postures. J’ai pu assumer qui je suis. Et j’ai pu vivre une forme de yoga qui me convient, sans être frustrée de ne pas « y arriver ». Puisqu’il n’est plus question d’y arriver. En fait, il n’avait jamais été question « d’y arriver », mais je ne le savais pas. Alors oui, je reconnais que parfois, j’aimerais bien pouvoir faire certaines choses qui me sont inaccessibles, je ne suis pas encore totalement sans frustration. Mais j’espère à travers mes cours et mon approche permettre à mes élèves d’être elles-mêmes en moins de temps que ça m’en a pris.

« Mais quand j’étais bébé, j’attrapais mes pieds »

Alors, pourquoi quand on est bébé on peut s’attraper les pieds facile-facile, et d’un coup, à 20 ans, nos pieds nous paraissent le bout du monde ? Quand on nait, l’angle de la tête du fémur est à 150°, ce qui nous permet une grande mobilité. Puis on grandit, l’os continue à se former selon plusieurs facteurs, dont notre génétique, mais aussi notre niveau d’activité, quand on commence à marcher…

** le fémur, c’est l’os le plus long du corps humain, le plus solide aussi, c’est lui qui s’emboite dans le bassin et nous permet cette articulation **

Et quand on arrive à l’âge adulte, voilà à quoi peuvent ressembler nos têtes de fémur (ce sont deux extrêmes) :

Illustration issue de Your Body Your Yoga de Bernie Clark

A 150°, la forme qui nous offre le plus de mobilité, comme quand on est bébé, et à 110°, celle où on en a le moins, pour schématiser. Et pour rendre ça encore plus concret, voilà la posture du triangle, donc la même posture, faite par une personne avec sa tête fémorale à 110°, et une autre personne à 150° :

Illustration issue de Your Body Your Yoga de Bernie Clark

(quand je vois ça, j’estime l’angle de ma tête fémorale à 115° !)

 

A pratique égale, exercices similaires, la personne de gauche ne pourra pas descendre plus bas. Ça ne veut pas dire que tout est perdu pour elle et qu’il vaut mieux tout abandonner : ça veut dire qu’il vaut mieux pratiquer la posture qui lui convient. La tentation pour cette personne est de vouloir faire comme sa camarade de droite : descendre elle aussi sa main au sol et du coup venir voûter son dos, le tordre, perdre l’alignement au niveau des hanches, et ne ressentir au final que peu de bienfaits de la posture, sans parler du risque de se faire mal. Dans ce cas, si on veut ressentir cette sensation de poser la main au sol, on ramène le sol à soi, en approchant une chaise, ou on empile des blocs (ou des livres ou des boîtes), et on dépose la main dessus.

Je vous présente ici le triangle, avec une chaise, dans une version adaptée à mon corps, et le triangle sans accessoire, dans une version pas du tout adaptée à mon corps. Vous pouvez voir peut-être que je suis voûtée, que je crée des tensions dans mon corps dans cette posture, que ça manque de fluidité. Par rapport à la photo avec la chaise où mon corps est équilibré, et peut ressentir les bienfaits de la posture (vous pouvez voir aussi sur mon visage la différence : paix et sérénité à gauche, crispation et constipation de l’autre) :

Cet exemple du fémur est un exemple parmi d’autres. Il me parle énormément parce que je suis directement concernée par un certain manque de souplesse à cet endroit. Et là, je ne parle que des formes de nos os, et pas de tout le reste qui peut intervenir dans notre souplesse. On y reviendra, encore et encore, car ce n’est qu’un petit bout de tout ce qui se joue en nous, et c’est un sujet que je trouve passionnant : très lié à l’acceptation de soi, à notre capacité à prendre soin de notre corps tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait qu’il soit. Une notion capitale pour faire un yoga qui nous ressemble, qui nous fait du bien, qui nous nourrit.

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L’intégration, étape clé de votre séance de yoga

L’intégration, étape clé de votre séance de yoga

A la fin de ma formation de prof de yoga, je devais filmer mes pratiques d’enseignement : 5 séances de yoga de différentes durées à être évaluées par mes formatrices. Nous étions fortement encouragées à avoir des élèves physiquement présents pour ces pratiques, et du coup, c’est mon mari qui s’y est collé.
 
Il n’avait jamais fait de yoga avant, mais il s’est prêté à l’exercice de bon cœur. Après la première séance, je lui ai demandé ce qui lui avait plu dans la séance, pour préparer les autres : quitte à être cobaye, autant que ce soit dans des registres qu’il apprécie. « J’ai aimé quand j’étais allongé à ne rien faire ». Bon, très encourageant pour la nouvelle prof de yoga, l’élève aime quand il ne fait rien… Et en fait, ce qu’il avait aimé, c’était shavasana, au début et à la fin de la séance, quand on est allongé, et qu’on se détend complètement, dans notre corps, notre esprit et au-delà.
 
Shavasana, c’est une posture en soi. On la pratique systématiquement en fin de cours de yoga, parfois aussi en début. Shava, en sanskrit, ça veut dire cadavre. La posture du cadavre. Vous ne m’entendez jamais dire son nom, ni en sanskrit, ni en français : je ne trouve pas que ça vous envoie de bonnes ondes, « posture du cadavre », et du coup, je vous guide, systématiquement, en vous décrivant la posture.
 
Shavasana, c’est la posture dans laquelle on vient intégrer tous les bienfaits de notre séance de yoga, en fin de séance. Certaines personnes appellent la fin de la séance de yoga « la relaxation », parce que c’est ce qu’elles ressentent, et c’est tout à fait le cas, mais c’est bien plus que ça : on vient intégrer ce qu’on a vécu pendant la séance dans toutes les couches de notre être.
 
Quand je prenais des cours de yoga en studio, d’1h15, certaines femmes avaient besoin de partir au bout d’une heure. La prof, compréhensive, les invitait autant que possible à prévoir ce quart d’heure la fois prochaine, pour profiter des bienfaits de ce temps pour soi. De mon côté, je me laissais embarquer volontiers pour ce moment délicieux. Mon moment préféré ? Relâcher la langue et la laisser flot-ter dans ma bouche. Détente absolue garantie pour moi, et que j’essaie de vous transmettre dans chacun de mes cours de yoga.
 
Bien sûr, si vous avez l’esprit encombré (ça arrive, même en fin de séance de yoga !), la perspective d’être allongée sur le dos à ne rien faire pour plusieurs minutes voire un quart d’heure peut paraitre incroyablement dure. Voire complètement contre-productive. Et franchement, c’est pour ça que je vous guide mot à mot dans cette étape, en ne laissant que très peu de silence. Ayant un esprit plutôt agité, j’aime me raccrocher aux mots qui me guident pour m’aider à revenir à moi. C’est ce que je fais pour vous aussi, en vous guidant dans la douceur : je vous offre ma voix à laquelle raccrocher votre esprit qui peut-être a envie de vagabonder, et vous pouvez ainsi vous connecter à vous-même, corps, respiration, esprit, énergie, tout votre être. Et au-delà.
 
Pendant l’intégration, on passe du temps à relâcher le corps, c’est une des clés qui permet de détendre l’esprit. On garde les yeux fermés, si c’est possible : pour certaines personnes anxieuses, fermer les yeux, c’est compliqué. Si c’est votre cas, vous pouvez très bien garder les yeux ouverts. Si vous vous forcez, votre anxiété va augmenter, et ce n’est bien sûr pas ce qu’on veut !
 
Ce moment peut être un vrai défi pour vous : soit vous avez vos listes de choses à faire qui n’arrêtent pas d’arriver dans votre tête, soit vous vous endormez, soit vous n’arrivez pas à rester immobile… Acceptez là où vous êtes, ce qui se passe, respectez votre expérience : si vous avez besoin de garder vos yeux ouverts, si vous bougez chaque 10 secondes, si vous vous endormez… C’est ce qui est aujourd’hui avec vous. Vous pourrez peu à peu explorer d’autres aspects de ce moment, pour qu’il devienne plus doux, pour que vous puissiez vous y abandonner en confiance.
 
Shavasana est physiquement accessible à tout le monde, dans les variations qui vous conviennent. Mais comme pour toutes les postures : c’est vous qui voyez ! Si vous n’êtes pas à l’aise, adaptez-la. Je vous propose quelques petites variations qui vont vous aider à trouver le meilleur Shavasana du monde : le vôtre !
 
Au niveau des jambes, trois options principales :
1. Jambes allongées, pieds qui retombent de chaque côté : la version la plus connue de Shavasana
 
Si le bas de votre dos a tendance à se cambrer exagérément (vous avez un dos cambré de base ou vous avez un fessier rebondi par exemple), je vous invite à explorer l’une de ces versions :
 
2. Jambes pliées pour soutenir le bas de votre dos (s’il est douloureux ou si vous ressentez le besoin du soutien de la terre), genoux qui se rejoignent au centre :
3. Un bolster / des couvertures ou serviettes de plage roulées ensemble pour soutenir les genoux et ressentir le dos entièrement plaqué au sol. J’adore cette version ! On peut aussi aller jusqu’à la chaise ou le ballon de yoga.

Pour le haut du corps :

Dans tous les cas, je vous invite à :

  • ramener vos omoplates tout contre vous (en poussant la tête dans le tapis et en les rentrant)
  • déposer vos bras à 15 à 30 centimètres de votre corps, en fonction de vos sensations
  • éloigner les épaules des oreilles
  • rentrer le menton

Vous pouvez avoir du mal à rentrer le menton pour plusieurs raisons, notamment si le haut de votre dos est arrondi. On veut vraiment rentrer notre menton, à la fois pour la santé de nos cervicales, et pour protéger notre énergie. Si vous avez du mal à rentrer votre menton, placez une serviette ou une couverture pliée à l’arrière de votre tête.

Et pour le confort absolu de se sentir parfaitement soutenue, on peut venir rouler une serviette pour la glisser sous notre nuque. Cumulé avec les jambes déposées sur le bolster, on se sent enveloppée et soutenue par la terre, un vrai délice.
Et en cas de grossesse, passé un certain stade, on préfèrera la position sur le côté, avec une couverture pliée ou un bolster entre les jambes 
Et vous, quelle est votre version préférée de Shavasana ?

J’aimerais bien aller toujours bien

J’aimerais bien aller toujours bien

« Je ne suis pas à plaindre ». C’est ce que j’entends beaucoup autour de moi. Des gens qui se sentent mal et qui se rabâchent à longueur de journée « je ne suis pas à plaindre, y a plus grave ». C’est sûr, il y a plus grave. Et puis il y a vous, ce que vous ressentez ici et maintenant, et ça, c’est ce qui est (se dire « on n’est pas à plaindre » vous aide peut-être à relativiser, et c’est top si c’est le cas !

On a tendance à se le dire à soi-même pour essayer de réfréner une émotion en soi, et on a aussi tendance à le dire aux autres quand ils expriment une émotion difficile. Et typiquement, la personne d’en face peut se sentir rabaissée, pas écoutée quand on lui dit ça. Attention, je ne dis pas que vous êtes le mal incarné si vous l’avez déjà dit. On a tous dit des variations de tout ça, parce que des fois, on est juste désarmés.
 

A la liste des choses qu’on dit et qui généralement n’aident pas, il y a « ça va aller ». Je l’ai beaucoup entendu à une période de ma vie, et tout ce que ça me donnait envie de faire, c’était de hurler « mais qu’est-ce que t’en sais ? » (je vous épargne la version peu polie).  

On (se) dit ce genre de chose avec une bonne intention. En vrai, on ne sait pas quoi dire, donc on dit un truc facile à dire. Généralement, l’autre personne n’attend rien d’autre que d’être écoutée. Puisque de toute évidence, à certains moments de la vie, il n’y a rien d’autre à faire qu’à attendre et voir, et donc on voudrait juste parler et qu’on nous serre dans ses bras ou qu’on nous écoute vraiment. Sans nécessairement nous comprendre. Quand on est la personne qui écoute, c’est un exercice très périlleux (je trouve).

Bref, on sort ces phrases toutes faites, à nous ou aux autres, parce que les émotions difficiles, on ne les aime pas, ni chez nous ni chez les autres. On n’a pas envie de les vivre, on n’a pas envie que les gens qu’on aime les vivent, on veut aller bien tout le temps, on veut que tout le monde aille bien tout le temps.

Et clairement, en 2021, je pense qu’on a compris que non, on ne va pas bien tout le temps. Et c’est totalement normal. Covid ou pas Covid (pourquoi on lui donne une majuscule à celui-là, sérieusement ?), confinement ou pas confinement, crise ou pas crise.

A l’intérieur de nous, il y a une myriade de trucs qui se passent. En écho à ce qu’il se passe à l’extérieur, mais aussi, juste à l’intérieur, avec nous-même. Parfois, on ne sait même pas pourquoi, mais une émotion est déclenchée. Elle est désagréable à vivre. D’ailleurs, on dit souvent « émotion négative ». Je n’aime pas utiliser ce terme-là. Il n’y a pas d’émotion qui soit négative. C’est ce genre de qualificatif qui nous les fait fuir encore plus : « je ne vis que du positif, love and light, tralalala youpi » (et j’enfonce au passage ce qui ne me plait pas bien profondément en moi).

L’expérience humaine est composée d’émotions agréables, douces, enchantantes. Elle est composée aussi d’émotions difficiles, désagréables, dures. On est humains, on vit toute cette palette d’émotions.

Mais on n’a pas appris à vivre avec. Et ce n’est pas du tout naturel pour beaucoup de monde de rester avec nos émotions difficiles. Moi la première. Je suis la reine des solutions, et donc s’il y a un problème, il y a une solution : s’il y a une émotion qui m’embête, je vais la ratiboiser au sécateur, qu’on en finisse une bonne fois. Bon, a priori, ça ne marche pas comme ça. Le sécateur, ça ne fait que renforcer la pousse : si je ne prends pas le temps de la déraciner avec délicatesse, et donc de voir bien quelles sont toutes ses ramifications, jusqu’où elle va, dans mon corps, mon cœur, mon esprit, elle va pousser comme une plante tropicale invasive.

Prendre le sécateur pour couper l’émotion, c’est la fuir. Et ça ressemble à quoi de fuir une émotion ? On va sentir monter la tristesse par exemple, et on va chercher à s’en divertir absolument : on va manger un truc qui nous fait plaisir, on va regarder des vidéos de chats sur YouTube, on va aller se noyer dans les méandres des réseaux sociaux (ou plein d’autres choses encore, et on peut faire toutes ces choses là). On ne veut pas voir, on ne veut pas aller regarder, on fuit.

Et ça va peut-être bien marcher sur le très court terme. Et attention ! Des fois c’est vital de faire ça : on pète un plomb et on a besoin d’un truc pour ne pas voir l’émotion, ne pas la traverser maintenant parce que ce n’est pas le moment.

Si on est en confinement avec 3 enfants, dont 2 à l’école primaire, des devoirs par-dessus la tête, la maitresse qui fait des commentaires pas les bienvenus sur le manque de qualité des devoirs, et les cris d’enfants qui n’ont pas le droit de sortir jouer dans la rue : on fait ce qu’on peut pour arriver à la fin de la journée, on est bien d’accord. Donc on n’est pas là en train de se dire qu’on ne va plus jamais fuir une émotion désagréable de notre vie. On peut essayer d’être plus consciente. On peut essayer de prendre 30 secondes, au milieu du chaos pour respirer 3 fois profondément, décrisper nos muscles et essayer de voir ce qui se passe là.

Donc, bien sûr, je parle des cas où on a le choix. Dans ma vie idéale, j’ai toujours le temps de traverser une émotion difficile. Dans ma vraie vie, ce n’est pas qu’une question de temps : parfois je n’aurai pas envie, pas le courage, juste envie de m’évader, oublier ce qui me tourmente, et c’est parfaitement OK. Mais j’ai bien remarqué, sur les quelques mois écoulés, depuis que j’essaie vraiment de le pratiquer, que c’est ce qui m’apporte le plus d’alignement avec moi-même : me laisser vivre ce qui est, traverser, et en ressortir grandie. Une copine dans mon groupe d’entrepreneures m’a dit « tu as eu un passage à vide, et depuis, je te trouve sereine et posée, tranquille et déterminée ». La seule chose qui a changé, c’est que j’ai vécu une déception et au lieu de faire style (auprès de moi-même) « ouais ça va, tout roule », j’ai accepté que j’étais déçue, que j’étais triste, pas contente. Ça ne veut pas dire que je pleurais toute la journée ni que tout le monde autour de moi le savait. Non, ça veut juste dire qu’à l’intérieur de moi, j’ai respiré plein plein de fois, j’ai relâché mon corps plein plein de fois, j’ai ressenti tout ce qu’il se passait dans mon corps (et il s’en passe, des choses, dans nos corps), j’ai observé, et j’ai dit « OK. OK tout ce qui est là est là. OK mon estomac est lourd, ou ma gorge est nouée ou mes jambes sont tendues. OK. »

Et puis peu à peu, c’est passé, c’est devenu plus léger, plus fluide, et je peux dire que j’ai grandi. C’était pas le but, le but c’était juste de me permettre d’être et d’arrêter de me contraindre, et surtout d’arrêter d’essayer d’être bien tout le temps ce qui fait qu’après j’explose à un moment pas du tout approprié. Quand l’émotion qu’on fuit / qu’on enfonce bien profondément en nous / qu’on coupe au sécateur (en fonction de la version qui nous parle le plus), quand cette émotion là rejaillit, c’est plus fort, plus dur, plus violent peut-être. En tout cas pour moi. Pour certaines, ça va être une explosion lors d’une discussion avec leur partenaire, au travers des devoirs des enfants, ou dans une réunion avec les collègues : on va réagir démesurément (par rapport à nos réactions habituelles, pas par rapport à un supposé standard), on va s’enflammer, nou pou sap lor kal (on va pêter un plomb).

La façon de traverser mes émotions qui marche le mieux du mieux pour moi, c’est… le yoga. Haha grande surprise ! Même si je pratique de plus en plus RRSOP sans mouvement, dans mon quotidien, rien de tel, pour moi, que de passer par le corps. Soit je me laisse porter par mes envies, soit je choisis une séance douce, proche du tapis. Mais pour vous ce sera peut-être au contraire une séance plus active ou carrément autre chose.

Dans tous les cas, on s’assure de :

  • placer notre attention sur la Respiration, en respirant de plus en plus profondément…
  • …Relâcher notre corps, pour pouvoir…
  • …Sentir ce qu’il s’y passe…
  • …Observer ce qui est…
  • …et Permettre à ce qui est d’être, tout simplement

Et des fois, oui, les larmes montent. Des fois, oui, le simple fait de déposer le front sur le tapis et déjà tout est différent. Faire circuler l’énergie dans le corps n’a pas son pareil, pour moi, pour vivre mes émotions difficiles. J’ai déjà déroulé mon tapis dans la rage absolue, en revenant du travail. Le yoga, c’est ça aussi. Nous aider à traverser des moments d’inconfort profond.

Superposition des émotions (mon interprétation) - Photo de Callum Skelton

Superposition des émotions (mon interprétation) 

Photo de Callum Skelton

Citations et mots de sagesse

Citations et mots de sagesse

Je lis beaucoup de livres de plein de styles différents, mais je ne prends pas de note, je ne surligne rien. Du coup, énormément de ce que je lis s’évapore, en tout cas, je ne saurai pas forcément d’où me vient un concept, où je l’ai lu, et où y revenir. J’essaie peu à peu d’évoluer à ce sujet, et de prendre le temps de noter une phrase qui m’inspire au moment où je la croise dans les pages (souvent virtuelles) des ouvrages de je dévore.

Parce que ces phrases clés qui nous viennent en tête, les fameuses citations qu’on croise tellement sur les réseaux sociaux, je vois à quel point ça peut me servir, au quotidien : de beaux mots, joliment tournés, poétiques ou impactants, qui résonnent profondément.

Certaines de ces citations vont nous donner envie d’explorer l’œuvre d’une autrice, certaines vont nous inviter à faire des recherches sur un sujet, certaines vont être comme des talismans qu’on va porter en soi et qui vont guider nos actions.

Voilà quelques-unes des citations qui m’accompagnent au quotidien :

  • « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » Gandhi

  • « En laissant briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres le pouvoir d’en faire autant. » Marianne Williamson (extrait de « Notre peur la plus profonde » que je vous ai lu récemment en cours de yoga)

  • Les accords toltèques, notamment « Ne faites aucune supposition » et « N’en faites jamais une affaire personnelle. » (Les quatre accords toltèques, un superbe livre à lire, qui mériterait un article à lui tout seul, quand je saurai mieux parler des livres, ça viendra !)

  • « Fait est mieux que parfait »

  • « Vint un temps où demeurer à l’étroit dans un bourgeon était plus douloureux qu’éclore. » Anaïs Nin

  • « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre. » Marc-Aurèle. Je dois dire que je l’ai en tête plutôt dans un format de questions : « est-ce que cette situation-là, je peux la changer ou pas ? Si oui, qu’est-ce que je fais ? Si non, lâche prise, et mets ton attention ailleurs » (avec la nuance, toujours importante, que certaines choses, je ne peux pas les changer seule, mais à plusieurs, on peut avoir l’espoir de les faire évoluer, d’où mon engagement associatif)

Fait est mieux que parfait

Chacune de ces phrases m’aide à un moment à un autre, à me rappeler pourquoi je fais quelque chose, pourquoi ce que je suis en train de faire ne correspond pas à mes valeurs (ça arrive !), elles m’aident à avancer, à relativiser ou à prendre du recul sur un de mes comportements.

D’autres m’apportent de la poésie ou m’aident à comprendre une émotion. Dans les périodes de transition, celle-ci m’est par exemple très précieuse : « Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie, car ce que nous quittons, c’est une partie de nous-mêmes ; il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre. » Anatole France

Et plein d’autres encore m’inspirent :

  • Celles pour le fun : « and so it begins! » (le Seigneur des Anneaux), que j’utilise principalement au pied d’une montagne à gravir, en rando, en m’imaginant avec l’allure de Gandalf à monter courageusement ma montagne. Et c’est suivi, à un moment ou à un autre, de la musique du Seigneur des Anneaux, fredonnée très faux, ça fait avancer (pour de vrai, un jour où nous étions en difficulté [sur le papier, ça passait bien de combiner deux étapes ensemble, mais en vrai, c’était la cata], ça nous a vraiment permis d’arriver avant la nuit)

  • Celles pour le fun – bis : « not all those who wander are lost. » (« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus. »)

  • Celles pour philosopher : « C’est un grand bien à notre avis que de se suffire à soi-même, non qu’il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l’abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons, bien persuadés que ceux-là jouissent le plus vivement de l’opulence qui ont le moins besoin d’elle. » Epicure

  • Celles pour se donner le courage d’aller de l’avant pour faire quelque chose qui nous fait peur et/ou qu’on n’a jamais fait : « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on l’ait fait » Nelson Mandela

  • Le fameux Yoga Sutra II-16 : « la douleur à venir peut être évitée ». Il m’aide à ne pas me faire vivre par anticipation les émotions que je crains de vivre à l’avenir, à rester dans l’instant présent, et à lâcher prise sur l’avenir.

Et vous, quelles sont les citations qui résonnent à vos oreilles, qui guident vos pas, et qui vous servent de bouclier à l’occasion ?